L’Italie fait toujours rêver

Barbara Witkowska Journaliste

Ce n’est plus une surprise, c’est presque une tradition. Sur neuf productions de la saison 2015-2016 de l’Opéra royal de Wallonie, il y a six légendes italiennes. Une invitation à laquelle on ne résiste guère !

Il est des signes qui ne trompent pas : le taux de fréquentation de l’Opéra de Liège est de 96 %. Les raisons de ce succès : grands  » tubes  » (surtout italiens) qui parlent à un large public, portés par des casts (majoritairement belges) à fondre de plaisir, mises en scène aptes à flatter l’oeil et fuyant l’aventure, orchestre foisonnant toujours prêt à donner le meilleur de lui-même… Bref, toutes les qualités que doit posséder chaque opéra qui se respecte depuis les origines du genre.

Pour la nouvelle saison, Stefano Mazzonis di Pralafera, directeur de l’ORW et amoureux, forcément, de l’opéra transalpin, nous a concocté une fois de plus un programme cousu main. Timbre charmeur et aigu souple, Jodie Devos, originaire de Libramont et deuxième lauréate du Concours Reine Elisabeth 2014, défendra Rosine dans Le Barbier de Séville de Rossini et pourrait bien  » exploser  » grâce à ce rôle-titre. Rappelons que la jeune soprano a été sélectionnée à l’Académie de l’Opéra-Comique à Paris (créée en 2012 et n’accueillant que quelques chanteurs francophones triés sur le volet) et qu’elle y a suivi une formation intensive en 2014-2015.

 » Rossini a écrit le rôle de Rosine pour une mezzo-soprano, explique Stefano Mazzonis di Pralafera. Dans un premier temps, je voulais faire une version mezzo. Puis, je me suis dit, pourquoi ne pas faire une version soprano ? Maria Callas a chanté Rosine. Jodie Devos s’est imposée immédiatement. Ce sera son tout premier grand rôle. Il faut beaucoup de bravoure, on chante mais on joue aussi. La vraie protagoniste, c’est Rosine. Ce choix est aussi une façon de rendre hommage au concours Reine Elisabeth. Jean-Pierre de Launoit était l’un de mes plus grands amis. Après sa disparition, nous lui avons dédié une loge à l’Opéra.  »

D’autres grandes dames ne laisseront pas le public indifférent. La sublime Elaine Alvarez sera Elvira dans Ernani de Verdi, l’éblouissante Annick Massis prêtera à Lucia di Lammermoor de Donizetti son intensité coutumière et Patrizia Ciofi promet une brûlante Mimi dans La Bohème de Puccini. Pendant les fêtes de fin d’année, on sera impatient de découvrir la distribution grand format de La Flûte enchantée de Mozart avec, en tête, notre délicieuse Anne-Catherine Gillet qui abordera pour la première fois le rôle de Pamina.

Raretés lyriques

Exhumer des oeuvres moins connues voire pas du tout est l’autre  » marque de fabrique  » de l’ORW. A ne pas manquer : La Scala di seta (L’échelle de soie), opéra oublié de Rossini et deux oeuvres courtes du XXe siècle : Il Segreto di Susanna d’Ermanno Wolf-Ferrari et La Voix humaine de Francis Poulenc. Les deux seront interprétées par Anna Caterina Antonacci, la plus française des mezzo-sopranos italiennes.  » Dans La Voix humaine, dont Jean Cocteau a écrit le livret, une seule chanteuse est sur scène pendant trente-cinq minutes, elle parle au téléphone avec l’amant qui veut la quitter, souligne Stefano Mazzonis. C’est un morceau de bravoure, il faut non seulement une voix spécifique et une diction parfaite, mais aussi un jeu scénique. Dans Il Segreto di Susanna, le célèbre air de lacigarette « aux volutes enivrantes » lui va comme un gant.  » Côté récitals, on attend Elina Garanèa, la superbe mezzo-soprano lettone qui  » adore Liège  » ainsi que  » le rossignol  » Olga Peretyatko, la grande diva du bel canto. Que du beau monde, en somme !

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Barbara Witkowska

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