L’imam

Abdel-Rahine Al Daba Mohamed Abidine, 49 ans, père de 7 enfants (dont 4 nés en Belgique) est, depuis quatre ans, l’imam du Centre islamique de la rue de Suède, à Saint-Gilles, dans le quartier de la gare du Midi, à Bruxelles. Diplômé de l’université Al Ahzar du Caire, ce théologien à l’allure débonnaire est arrivé d’Egypte en 1995. Invité par la Ligue islamique mondiale, sous contrôle saoudien, il devait enseigner les sciences religieuses aux étudiants de la mosquée du Cinquantenaire, à Bruxelles. Très vite, cependant, ses talents de modérateur, son entrain, sa générosité sont remarqués. Un groupe de fidèles, sans soutien financier extérieur ni lien avec les mouvements politico-religieux û Frères musulmans, salafistes… û qui attirent une partie de la jeunesse, décide de s’attacher ses services. Il ne parle pas encore très bien le français, cheikh Abidine, l’imam au large sourire, mais il promeut l’instruction des enfants, le respect des lois et des convictions religieuses de chacun, la gentillesse et un souci presque écologique û lui, il dirait musulman û de la responsabilité individuelle au service de la collectivité. Lorsque des jeunes se mettent à  » délirer « , il descend sur les lieux avec son escouade de  » chasseurs de primes « , des bénévoles avec lesquels il ramène la paix. La paix qui, serine-t-il dans tous ses discours, est à la racine du mot  » islam  » et qui fait l’objet de 133 versets dans le Coran, contre 6 citations seulement pour le mot  » guerre « . Sans complexe, il reçoit et est reçu en dehors de sa religion. Certains de ses fidèles ont été très émus lorsque, à son invitation, un abbé catholique est venu présenter ses v£ux pour le ramadan.  » Il aime la société, pas seulement les musulmans « , dit-on de lui.

Tous les Arabes ne sont pas musulmans, tous les musulmans ne sont pas arabes et, de surcroît, certains d’entre eux n’ont plus que des liens culturels ou sociologiques avec leur religion. Néanmoins, en Belgique, cette communauté est potentiellement forte de quelque 350 000 personnes aux origines ethniques ou philosophiques très diverses, sans autre principe unificateur que le Coran et la Sunna, la tradition qui rapporte les actions et les paroles du prophète Mahomet. Issue de la dernière vague d’immigration, qu’elle soit légale (travail, regroupement familial, études, asile) ou clandestine, elle a acquis sa visibilité sur fond de crises internationales (la révolution khomeyniste en Iran, l’affaire Rushdie, le conflit au Proche-Orient, les attentats du 11 septembre 2001) et d’affirmation identitaire (affaires dites  » du foulard « ), les premières alimentant souvent la seconde et un sentiment assez répandu d’islamophobie. Malgré ces difficultés notoires, les musulmans de Belgique ont réussi remarquablement à s’intégrer, jusque et y compris au niveau politique où, à Bruxelles, notamment, le groupe marocain poursuit sa lente ascension sociale. En revanche, sur le plan de l’organisation du culte, le processus d’institutionnalisation de l’islam, entamé en 1989, et qui a culminé en 1999 avec l’installation d’un Exécutif des musulmans de Belgique, est enrayé sous l’effet des luttes d’influence qui s’y déroulent. Les quelque 150 imams marocains, turcs, pakistanais, etc. qui exercent dans les 300 mosquées belges n’ont toujours pas de reconnaissance équivalente à celle des serviteurs d’autres cultes reconnus û on notera toutefois la création de parcelles musulmanes dans les cimetières. Ce qui n’empêche pas les communautés locales de s’organiser autour des mosquées et, pour certaines, plus revendicatrices et plus jeunes, de chercher à faire exister le fait musulman sur la scène publique.

Marie-Cécile Royen

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