Liège a pris le taureau par les cornes

Finies les années noires ? Guérie, la plaie de Droixhe ? La Cité ardente s’est en tout cas donné les moyens de reprendre la main. Après avoir failli la perdre.

Droixhe, un concentré des problèmes liégeois. Ce quartier du bord de Meuse s’était signalé dès les années 1980 comme difficile à gérer. Cinq tours de logements sociaux, clouées en son c£ur avec toute la finesse du béton, y avaient attiré des existences parfois précaires, aux origines belges ou étrangères – avec des dizaines de nationalités recensées. Diversité roborative, certes, mais tant de cultures se jouxtaient que la mayonnaise n’allait pas prendre. Des années durant, les choses s’étaient envenimées. Au menu : petite délinquance, coups de feu entre tours, vandalisme, caillassage de véhicules de police et même incendies criminels du commissariat local. La zone de non-droit n’était pas loin. Ou alors, déjà enracinée.  » Liège avait failli perdre pied « , admet sans plaisir Willy Demeyer, bourgmestre PS de la Cité ardente depuis 1999.

D’autres quartiers difficiles alourdissaient la donne. Comme celui dit  » Cathédrale-nord  » qui, rongé par la prostitution et la drogue, s’était évasé jusque vers l’hôtel de ville. Ou comme celui de Sainte-Marguerite, tombé en partie aux mains de marchands de sommeil et d’une économie alternative exploitant minimexés et sans-papiers. Dures années 1980. Amères années 1990.

Mais, depuis, la situation a évolué. Droixhe est sous baxter, avec un plan de requalification d’ensemble. Deux des tours sont rasées. A la place : des commerces, des espaces culturels, des crèches et des services publics – sauf que le singulier relève du programme et le pluriel, de l’espoir. A Sainte-Marguerite et ailleurs, la commune a largement reconquis le terrain. Au centre-ville, la prostitution a été fortement réduite, même si le problème de la drogue, lui, subsiste plus que de manière anecdotique.

Sans jamais jouer la tolérance zéro ( » Un leurre « , estime le maïeur, d’accord avec le chef de la police Christian Beaupère), Liège a lourdement investi : elle paie de sa poche 55 des 88 millions d’euros du budget annuel de sa zone (monocommunale) de police, le reste correspondant à la part fédérale de l’ancienne gendarmerie. De quoi entretenir un cadre quasi complet de 113 policiers, 40 gardiens de la paix et 135 civils. Et un matériel entièrement renouvelé.

Ces moyens ont aussi permis de mettre en £uvre un système d’intervention rapide, grâce à 109 caméras de sécurité installées dans la cité. Un centre de télésurveillance hypermoderne ( » et supervisé par les chefs de groupe des partis démocratiques du conseil communal « , insistent bourgmestre et commissaire) relaie en direct l’information nécessaire aux équipes de terrain. La police de proximité est également à l’honneur avec 14 commissariats ouverts, dont trois vingt-quatre heures sur vingt-quatre (y compris à Droixhe). C’est-à-dire cinq de mieux qu’au creux de la vague.

Pour juguler l’insécurité, il y a aussi la  » tenaille administrative  » : le maïeur est réputé user au besoin du pouvoir qu’il détient de fermer des établissements. Exit, les Hell’s Angels implantés dans un café du pont de Chênée ! Exit, ce vaste hôtel gagné par la prostitution sauvage ! Avec 35 fermetures administratives décidées en 2009 (et un seul recours victorieux au Conseil d’Etat), ça déménage. Au total, Liège annonce une criminalité réduite de 22 % entre 2000 et 2008.

Danièle Reynders, procureure du roi, confirme les progrès enregistrés :  » Nous sommes pour le moment confrontés à une vague de vols à main armée. Mais c’est ponctuel. Il y a eu de très gros efforts et l’amélioration est bien réelle. Liège et sa région ne se trouvent pas du tout dans la situation de Bruxelles. « 

R.P.

Liège actionne la  » tenaille administrative « 

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