L’euro fort, un vrai problème

Parmi les grandes sociétés belges, quelques-unes maudissent la faiblesse du billet vert.

Merci, l’euro fort !  » se disent les automobilistes au moment de faire le plein. Grâce aux records battus par notre devise face au dollar, la facture énergétique n’explose pas. Les entreprises profitent aussi de ce phénomène. Toutefois, parmi les grandes sociétés belges, quelques-unes maudissent la faiblesse du billet vert. Tournées vers l’exportation, elles voient leur chiffre d’affaires à l’international, libellé en dollar, fondre comme neige au soleil. Pendant ce temps-là, leurs coûts, principalement localisés en Europe et, donc, libellés en euro, ne font que grimper… En quelques années, l’environnement monétaire des entreprises a bien changé. En 2002, l’année de la mise en circulation des pièces et billets en euro, les devises américaine et européenne étaient à parité. A peine six ans plus tard, il faut 3 dollars pour obtenir 2 euros !

Parmi les grandes sociétés belges qui souffrent de cette situation, on trouve Delhaize. Le groupe de distribution avoue qu’au 1er trimestre ses revenus  » ont diminué de 4,5 % à 4,5 milliards d’euros, en raison de l’affaiblissement du dollar américain de 12,5 % par rapport à l’euro « . Delhaize conclut des contrats en euro, mais sa filiale basée aux Etats-Unis produit un chiffre d’affaires en dollar. Le groupe belge limite la casse : bon nombre de coûts de sa branche américaine sont libellés en dollar. Voilà peut-être la raison pour laquelle Delhaize ne se couvre pas contre le risque de change. En fait, rares sont les entreprises belges qui prennent des assurances pour se prémunir des variations monétaires, car la plupart de nos exportations sont destinées à des pays de la zone euro. En revanche, le groupe européen EADS, par exemple, se couvre systématiquement contre le risque de change lors de la conclusion de ses (gros) contrats de fourniture d’avions, libellés en dollar.

Reste qu’on trouve encore quelques victimes de la déprime du billet vert parmi les sociétés qui composent l’indice Bel 20. Ainsi, le groupe Bekaert, spécialiste belge de la transformation de métaux, reconnaît que  » les fluctuations de cours de change représentent un effet négatif de 2,3 %  » sur son chiffre d’affaires de 2007. De même, au 1er trimestre 2008, à cause du taux de change, Umicore a subi un effet négatif sur les marges de deux de ses divisions. Nyrstar souffre aussi du dollar faible. Des charges en euro combinées avec un marché du zinc essentiellement en dollar pèsent sur la jeune entreprise, fondée en septembre 2007. Mais sa direction estime que le pire est passé pour le billet vert. Ici, non plus, pas de couverture du risque de change, donc. Quelques autres entreprises regrettent l’euro fort, comme UCB, Solvay et encore InBev, actives dans des pays où le dollar est roi. Mais, la part de leurs ventes libellées en dollar est limitée. C’est aussi le cas de la plupart des entreprises belges, ce qui permet de relativiser les inconvénients liés au change euro-dollar.

Philippe Galloy

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