Les socialistes n’aiment pas les entrepreneurs, mais la France non plus !

Christine Kerdellant

Le système éducatif français pousse à la méfiance à l’égard des entreprises.

En France, parmi les personnalités préférées des Français, on trouve des chanteurs, des comiques ou des footballeurs – quoique de moins en moins -, mais pas d’entrepreneurs. La demande de nationalité belge de Bernard Arnault n’aura pas arrangé les choses. Bien sûr, une poignée de patrons salariés ont, par égoïsme ou avidité, détruit l’image de la profession dans l’opinion avec leurs rémunérations indécentes. Mais, aux Etats-Unis, où réussite entrepreneuriale et popularité se confondent, Steve Jobs ou Bill Gates ont toujours été bien classés. En Allemagne, les ouvriers savent que la prospérité des entreprises est leur meilleur allié. La lucidité de l’opinion va toujours de pair avec l’ouverture d’une économie sur l’extérieur ; à l’inverse, quand la fonction publique domine, la compréhension de ce qui fait la prospérité d’un pays est plus faible.

Selon une enquête mondiale de l’institut Globescan, la France bat tous les records : 70 % des Français ignorent que ce sont les entreprises qui créent des richesses ! En ce sens, le gouvernement Hollande est  » normal  » : il reflète l’avis majoritaire en ne témoignant pas d’une tendresse particulière pour les entrepreneurs. Les racines du mal plongent loin dans l’Histoire et, malgré la progression des connaissances économiques, l’aversion pour l’entreprise ne diminue pas avec le temps, au contraire. Quelle est, à cet égard, la responsabilité du système éducatif ? Un think tank d’inspiration libérale, l’Iref, va publier ce mois-ci une étude sur la façon dont sont présentés les acteurs économiques dans les manuels de lycée.

Le constat est accablant. L’entreprise n’occupe généralement qu’une dizaine de pages sur 400 : c’est une entité abstraite, qui maximise ses profits différemment selon qu’elle se trouve en situation de monopole ou de concurrence pure et parfaite. Son créateur est invisible : aucune histoire d’entrepreneur n’est mentionnée. Son rôle dans la création de richesse est presque toujours occulté. Le marché et la mondialisation sont abordés d’un point de vue critique car  » défaillants « . L’Etat est toujours présenté comme l’acteur économique principal, car c’est le  » régulateur indispensable « . Le mot  » social  » est le vocable le plus utilisé. Nulle part on ne met en garde contre les dangers du  » trop d’Etat  » ou de l’assistanat. Aucun des manuels choisis, certes, ne fait plus l’éloge de l’économie planifiée – c’était encore le cas il y a six ans -, mais tous insistent lourdement sur l’importance des impôts et de la redistribution. Keynes est cité à satiété, au détriment des économistes libéraux. Les textes sont souvent pessimistes (la concurrence est  » sauvage « ) et le biais idéologique tendancieux. La notion de risque est évacuée, à l’exception du risque de crédit, pour évoquer les mauvais payeurs ! Enfin, un seul journal économique est régulièrement cité : Alternatives économiques ! Il est vrai que les auteurs sont tous des enseignants et qu’aucun homme d’entreprise ne les a conseillés. Le pompon ? Le manuel d’économie de terminale de Hachette 2011-2012, où la théorie libérale est présentée grâce à des citations tirées d’un livre de Jacques Généreux, colistier de Jean-Luc Mélenchon !

Bien sûr, les élèves font désormais des stages découverte en entreprise. Mais une expérience menée par l’association Entreprise et Progrès mériterait d’être généralisée : ses dirigeants encadrent des élèves de troisième, qui montent un projet – ils inventent un produit, font un business plan, réfléchissent à la commercialisation -, afin de toucher du doigt la difficulté de créer, d’embaucherà et de gagner de l’argent.

Christine Kerdellant

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