Les Régions ont gagné

L’£uf de Colomb. Ce 8 avril, Rudy Demotte (PS), ministre-président de la Région wallonne, a axé son premier discours de n° 1 de la Communauté française sur la  » solidarité entre francophones  » et le  » lien permanent entre la Wallonie et Bruxelles « . Et la messe était dite. Sa double casquette faisait l’unanimité tant dans la majorité que dans l’opposition. C’est à se demander pourquoi on n’y a pas pensé plus tôt. Car, tout compte fait, renforcer la coordination entre des compétences régionales, tel l’emploi, et des matières communautaires, tel l’enseignement, relève du parfait bon sens.

La détermination des Flamands à réformer l’Etat aura finalement forcé les Wallons et les Bruxellois à faire des choix. Cette fois, chez les francophones aussi, le centre de gravité s’est déplacé du gouvernement fédéral vers les entités fédérées. Le retour au fédéral de Marie Arena (PS), ex-ministre-présidente de la Communauté française, est apparu comme un désaveu. En outre, le PS a fait  » monter  » à ses côtés des novices, comme Frédéric Laloux qui multiplie les gaffes. En revanche, avec Demotte à la présidence et Christian Dupont à l’Enseignement, le parti socialiste a opté, au gouvernement francophone, pour des hommes d’expérience reconnus, parfaitement bilingues, voire multilingues.

Autre signal : ce n’est pas le ministre-président francophone qui a pris, en plus, la casquette de chef wallon. C’est l’inverse qui s’est produit. Et il ne semble plus y avoir de volonté d’absorption de la Région wallonne par la Communauté française. Le modèle flamand n’est pas transposable au sud du pays. Absorber 100 000 Bruxellois flamands dans un total de 6 millions de Flamands ne pose pas de problème. On compte, en revanche, 1 Bruxellois francophone pour 3 Wallons. Or la fusion des budgets de la Région wallonne et de la Communauté française supposerait que la pauvre Wallonie vienne, à l’occasion, financièrement en aide à Bruxelles qui produit pourtant beaucoup plus de richesses. Sans possibilité de réciprocité, pour des raisons institutionnelles. Ce qui serait inéquitable.

Les francophones viennent donc de marquer des points. 1. Ils démontrent qu’ils sont capables d’avancées institutionnelles. 2. Ils prennent leurs distances par rapport au  » projet ringard de la Belgique bicommunautaire de papa « , selon l’expression du philosophe Philippe Van Parijs. Les Flamands, à leur tour, devront finir par s’y faire. Beaucoup de Bruxellois flamands se sentent d’ailleurs bruxellois avant d’être flamands.

Si cette prééminence des Régions se confirmait, elle changerait la donne. Dans un dialogue de Communauté à Communauté, les Flamands, plus riches et plus nombreux, pèsent de tout leur poids. Le jeu des alliances entre Régions permettrait, en revanche, aux Wallons et aux Bruxellois d’être 2 contre 1. Ce rapport de force serait moins déséquilibré, plus adulte. Et donnerait une nouvelle chance à la Belgique. Mais, peut-être, est-ce, précisément, ce dont la Flandre ne veut pas.

Rédactrice en chef, dorothée klein

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