Les petits chats sont morts

Le jeune lieutenant catholique Padraic n’a jamais connu que la haine en Ulster. Celle des affrontements entre « occupants » britanniques et combattants irlandais. Padraic fait partie de la troisième ou quatrième génération de terroristes de l’île déchirée. Il est tellement barge que même l’IRA, l’Armée irlandaise révolutionnaire, n’en veut plus dans ses rangs. Il a donc été intégré dans un groupuscule dissident, pour le compte duquel il torture et pose des bombes avec une indifférence de fonctionnaire de bureau. La violence est devenue son quotidien, un boulot comme un autre. Une violence tellement « intégrée » qu’on en a oublié l’origine. Padraic ne sait même plus pourquoi il se bat. Son insensibilité à la souffrance des hommes n’a d’égal que son intérêt pour Tom Pouce, un petit matou noiraud qui est son seul ami depuis quinze ans et qu’il a confié à son père Donny, le temps d’accomplir quelques missions meurtrières. Lorsque ce dernier l’appelle pour lui annoncer que son chat est malade, Padraic pète les plombs.

Et c’est le début d’une farce burlesque et sanglante, dans laquelle l’auteur irlandais Martin McDonagh tourne en dérision la sauvagerie des hommes en général et le terrorisme irlandais en particulier. Humour cynique et cinglant. On tue les chats et les humains avec une même cruauté. Le propos, grave, est traité de façon grand-guignolesque. Le public rit, à la limite de la gêne, comme pour un film de Quentin Tarantino ou pour Benoît Poelvoorde dans C’est arrivé près de chez vous. Le rire est exutoire et révélateur. Grossissant le trait parodique voulu par l’auteur, le metteur en scène Derek Goldby n’y a pas été de main morte avec la cervelle de chat et le jus de cerise. éa pétarade joyeusement dans tous les coins. Les effets spéciaux d’Urteza Da Fonseca sont impressionnants. Ames très sensibles s’abstenir! Dans le rôle de Donny, Guy Pion s’avère truculent. Il prend son pied et – au sens propre – celui des autres, appréciant visiblement sa première confrontation avec Goldby. Le jeune talent Aurélien Ringelheim (Davey), qu’on avait vu dans Sa Majesté des Mouches, également au Poche sous la baguette de Derek Goldby, est brillant, drôle et prometteur.

Thierry Denoël

Le Lieutenant d’Inishmore, au théâtre de Poche, à Bruxelles. Jusqu’au 4 janvier 2003. Tél.: 02-649 17 27.

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