Les Japonais ont eu chaud

Grâce à leur sens de la discipline collective, les habitants de l’archipel nippon devraient échapper aux pannes de courant cet été.

DE NOTRE CORRESPONDANT

La saison estivale s’annonce chaude pour les Japonais. Torride et humide, elle est aussi celle des pics de consommation d’électricité. L’entrée en vigueur, le 1er juillet, de la loi sur la promotion des énergies renouvelables arrive trop tard pour avoir un impact significatif cette année. Elle obligera les compagnies d’électricité à acheter aux prix fixés par le gouvernement du courant d’origine renouvelable. Jugés encourageants, les tarifs – 42 yens (0,42 euro) pour le kWh photovoltaïque, 21,3 yens (0,21 euro) pour l’éolien – devraient favoriser les investissements dans les centrales solaires et éoliennes.

En attendant, la totalité des 50 réacteurs nucléaires nippons – qui fournissaient, avant le tsunami du 11 mars 2011, 28,6 % de l’électricité – sont à l’arrêt depuis le 5 mai dernier. Si les industriels, eux, ont retrouvé leurs niveaux de production d’avant la catastrophe de Fukushima, le risque de pénurie à venir semble réel, même s’il varie selon les régions. La zone alimentée par la Compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco) ne devrait pas connaître de problèmes. L’entreprise a pris les devants. Elle a même avancé d’un mois la mise en service de sa nouvelle centrale hydroélectrique de Kannagawa (au nord de la capitale).

Dans l’ouest du Japon, qui comprend notamment le bassin industriel d’Osaka, les inquiétudes sont plus vives. Le fournisseur local, la Compagnie d’électricité du Kansai (Kepco), dont la production dépendait à 51 % du nucléaire, redoute de ne pouvoir répondre à une demande qui pourrait dépasser de 15 % ses capacités. Soutenue par le monde des affaires, Kepco a donc fait pression sur le gouvernement afin qu’il accepte le redémarrage de deux de ses réacteurs nucléaires de la centrale d’Oi, afin de limiter les risques de pénurie. Le 16 juin, le Premier ministre, Yoshihiko Noda, a répondu favorablement à cet appel, après avoir appelé une semaine plus tôt la population à comprendre cette relance, destinée à ses yeux à  » protéger les conditions de la vie quotidienne « . Egalement soucieux d’éviter le moindre problème qui menacerait une économie fragilisée par la crise de la zone euro et l’appréciation du yen, le gouvernement a demandé aux particuliers des réductions de consommation allant de 5 à 15 %, selon les régions.

Nombre d’entreprises n’ont pas attendu cet appel. La société Tokyo Metro a réduit de 40 % la consommation de courant engendrée par l’éclairage des stations en passant aux luminaires à diode électroluminescente (LED). Basé à Osaka, le fabricant de câbles Sumitomo Electric a investi l’équivalent de 150 millions d’euros dans une installation de cogénération qui devrait lui permettre d’économiser 20 % d’énergie lors des pics de consommation. Traditionnellement gros consommateurs, les sidérurgistes ont renforcé leurs propres capacités de production d’électricité.

Pas de loi pour rendre les baisses de consommation obligatoires

La population suit. Les Japonais étant largement, selon plusieurs études, favorables à une réduction de la dépendance au nucléaire, ils se sont, pour beaucoup d’entre eux, convertis aux économies d’énergie. Ils acceptent sans broncher le Super Cool Biz, un programme gouvernemental se traduisant par le port de tenues plus légères et un usage réduit de la climatisation.

Le Japon pourrait donc passer l’été sans grande difficulté. D’ailleurs, à la différence de 2011, le gouvernement n’a pas prévu de légiférer pour rendre obligatoires les baisses de consommation. Quant à l’avenir du nucléaire, il reste suspendu aux conclusions, attendues au cours de l’été, de la commission chargée de repenser la répartition entre les différentes sources d’énergie. Certains signes laissent penser que le pays pourrait s’engager à ce que l’atome représente moins de 15 % de sa production d’électricité d’ici à 2030. Dans cette perspective, plus aucun réacteur ne serait construit dans l’archipel.

PHILIPPE MESMER

Le pays pourrait s’engager à ce que l’atome représente moins de 15 % de sa production d’électricité d’ici à 2030

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