Les islamistes se font discrets

Jamais les Frères musulmans n’avaient obtenu tant de députés. Mais leur marge de manouvre reste limitée et ils jouent la modération

De notre correspondant

Une bonne nouvelle en annonce parfois de mauvaisesà Au terme des élections législatives en Egypte, qui devaient s’achever le 7 décembre, les Frères musulmans devraient contrôler environ 20 % des sièges au sein du Parlement. Pour la confrérie, indéniablement, c’est un joli succès. Mais celui-ci pourrait l’exposer davantage à la répression du pouvoir. Déjà, plus de 1 600 islamistes ont été arrêtés ces dernières semaines.

Voilà cinquante ans que les Frères musulmans sont interdits en Egypte. Certes, leurs activités sociales et caritatives sont tolérées. Mieux, ils ont bénéficié, cette année, d’une liberté de parole sans précédent pendant la campagne électorale. Mais le régime d’Hosni Moubarak a toujours refusé leur légalisation : la création d’un parti sur une base religieuse est interdite.

Dans ces conditions, la percée électorale des Frères est d’une ampleur inattendue, d’autant qu’ils ne présentaient que 160 candidats pour 444 sièges. Combinée à la déroute de l’opposition légale et laïque, elle les fait apparaître comme une alternative sérieuse au pouvoir. Craignant que le régime n’en profite pour suspendre le timide processus de réformes démocratiques entamé au printemps sous la pression notamment des Etats-Unis, ils observent pour l’heure un profil bas et s’efforcent de rassurer, quitte à parler davantage de démocratie et de droits de l’homme que de charia. La campagne de relations publiques a entraîné la publication d’une tribune, dans le quotidien britannique The Guardian, intitulée  » Pas de raison d’avoir peur « . Et une invitation au dialogue national a été adressée à la minorité chrétienne (environ 10 % de la population).  » Nous ne voulons pas fonder un parti religieux, mais un parti civil avec une idéologie islamique, plaide Hamdy Hassan Ali, député d’Alexandrie. Cela n’a rien de révolutionnaire, puisque la Constitution elle-même est basée sur la charia.  » Un discours ambigu pour un mouvement dont le slogan proclame :  » L’Islam est la solution « à

 » Les Frères musulmans ne feront pas de vagues pendant la prochaine législature, prédit Mona Makram Ebeid, une ancienne députée chrétienne de sensibilité libérale. Ils n’ont rien à gagner à se faire haïr ni à se faire craindre.  » Alors que la presse cairote évoque des rumeurs de dissolution du Parlement, Essam el-Erian, le porte-parole de la confrérie, assure, lui, que  » le scénario algérien est exclu « . En revanche, ajoute-t-il,  » le modèle turc pourrait être envisageable « .

Des islamistes contraints à la modération et au respect des institutions, sous peine d’une mise à l’écart du jeu démocratique ? Hugh Roberts, chercheur à l’International Crisis Group, un centre d’analyse, n’y croit guère. Dans le scénario turc, il y avait, souligne-t-il, un  » cadre institutionnel laïque « , qui n’existe pas en Egypte.

Tangi Salaün

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