Les grandes manoeuvres

De fortes pressions s’exercent sur les travaillistes pour qu’ils intègrent à un nouveau un gouvernerment d' »union nationale » conduit par Ariel Sharon

« Je suis choqué. J’ai compris qu’il n’y a jamais eu, qu’il n’y a pas et qu’il n’y aura jamais de langage commun entre le Likoud et nous. » Sortant d’une entrevue de deux heures avec Ariel Sharon qui tentait, le 3 février, de le convaincre de participer au gouvernement d’union nationale qu’il tente de constituer, le leader des travaillistes, Amram Mitzna, a promis que son parti, l’Avoda, resterait dans l’opposition. Et qu’il y mènerait une action déterminée. « Le Premier ministre m’a surtout parlé de l’importance stratégique des implantations de la bande de Gaza, a raconté Mitzna ( NDLR: alors que les travaillistes exigent le démantèlement des petites colonies comme Netzarim et Kfar Darom). Quand j’ai entendu cela, je me suis dit que les chances d’aboutir à un accord de gouvernement étaient quasi nulles. »

Vraiment ? Malgré une défaite électorale sans précédent (15 sièges au lieu de 26), certains, au parti travailliste, brûlent de sceller une nouvelle alliance avec le Likoud (38 mandats au lieu de 19) afin de retrouver un maroquin ministériel. Certes, officiellement, de Shimon Peres à l’ex-ministre de la Défense Benyamin Ben Eliezer (l’un des fervents partisans de l' »union nationale »), tous les leaders de l’Avoda déclarent soutenir la ligne de Mitzna. Mais, en privé, Shimon Peres, qui est d’ailleurs approuvé sur ce point par l’Union des industriels (l’équivalent israélien de la FEB) affirme que l' »union nationale est plus nécessaire que jamais pour établir un cadre politique permettant de reprendre les négociations avec les Palestiniens et pour redresser la situation économique du pays ».

Quant à Ben Eliezer, on ne l’entend pas beaucoup, mais il ne reste pas inactif pour autant. En fait, il ratisse le terrain et structure ses partisans au sein de l’Avoda, afin de hâter l’élection du nouveau leader du parti, théoriquement prévue dans quatorze mois. L’objectif ? Virer Mitzna le plus rapidement possible et entraîner son parti dans une nouvelle coalition avec la droite au nom de l' »intérêt supérieur du pays ». Pour Peres comme pour Ben Eliezer, ces intérêts se concrétiseraient évidemment par des maroquins de choix dans le nouveau cabinet….

Paradoxalement, fort de ses 38 députés, le Likoud pourrait très bien se passer des travaillistes pour gouverner. Dans l’attente du revirement de ce parti, Sharon a d’ailleurs déjà pris langue avec le Chinoui (une formation laïque de droite forte de 15 députés) ainsi qu’avec plusieurs formations « accessoires », comme le Mafdal (les nationaux-religieux comptant 6 députés), afin de constituer une majorité de droite « classique », forte de 65 à 70 élus sur les 120 que compte la Knesset (le parlement) . Pourquoi, dans ces conditions, le Premier ministre continue-t-il à solliciter l’Avoda ? « Parce que les travaillistes sont bien vus à l’étranger et que la présence d’une personnalité comme Shimon Peres à la tête du ministère des Affaires étrangères permettrait d’atténuer les effets désastreux, pour l’image d’Israël, ou notre présence militaire dans les territoires », estime le chroniqueur politique Hanan Krystal.

Quant au commentateur Yaron Dekel, il pense que « l’administration américaine attend d’en avoir fini avec son « problème irakien » pour exercer des pressions sur Sharon afin qu’il applique les premières mesures de la « feuille de route » ( NDLR: une ébauche de plan de paix soutenue par la communauté internationale) prévoyant notamment le gel de la colonisation des territoires occupés, la fin des violences palestiniennes et la création d’un Etat palestinien indépendant en 2005″. Selon Dekel, « même s’il l’a acceptée du bout des lèvres, Sharon n’est pas prêt à appliquer la « feuille de route » dans son intégralité. Il sera alors l’objet de critiques émanant de la communauté internationale et de pressions américaines. A ce stade, la présence des travaillistes dans son gouvernement lui sera fort utile pour atténuer le mécontentement international et pour continuer à faire passer le message selon lequel il serait prêt à faire des concessions douloureuses, mais pas tout de suite ».

Serge Dumont

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