Les consoles se branchent sur le Net

En désaccord sur bien des choses, Microsoft, Nintendo et Sony, les trois grands fabricants de consoles, s’accordent sur un point: l’avenir du jeu se trouve désormais en ligne

En super-représentant de luxe, Bill Gates, le chief software architect de Microsoft, a profité de son passage à Bruxelles, le 30 janvier dernier, pour vanter, aux fidèles qui étaient rassemblés au Heysel, les indéniables avantages de sa « nouvelle » plate-forme « .net » (lire « point net »). Sorte de technologie tout-terrain s’appuyant sur le langage XML (extensible markup language, une version évoluée du HTML) , « .net » sert de couche universelle pour développer des applications utilisables depuis n’importe quelle machine. A moyen terme, Bill Gates envisage, en effet, la disparition du PC dans sa forme traditionnelle, au profit d’une série d’appareils communicants comme les assistants digitaux ou les GSM. Dès lors, les développeurs ont tout intérêt à créer des programmes qui, sans réécriture alambiquée de leur code, seront directement utilisables sur différents types de terminaux. Une vision des choses qui, soit dit en passant, n’est pas sans rappeler le rôle conféré pas Sun à son langage Java. A côté du non-événement « .net » – Microsoft avait déjà présenté sa plate-forme en juin 2000-, on retiendra le passage éclair de Gates par le cabinet d’Annemie Neyts (VLD), ministre adjointe aux Affaires étrangères avec laquelle il a présenté le projet « Signalement ». Estampillée e-government, cette application devrait permettre aux ambassades belges éparpillées à travers le monde de vérifier en temps réel si les demandes de documents qu’elles reçoivent n’émanent pas de personnes recherchées par les forces de l’ordre. Mis à part l’intérêt de Gates pour l’e-governement européen – qui représente un formidable marché pour Microsoft – , il n’y avait pas grand chose à se mettre sous la dent.

Pour les nouveautés à destination du consommateur, il fallait donc se tourner vers la garde reprochée de Gates. Pas vers le service de sécurité spécialisé en crème fraîche, mais bien vers les directeurs des différentes branches de Microsoft qui avaient fait le déplacement à Bruxelles. Ainsi, avec un marché du jeu vidéo en hausse de 10 % en 2002, il était intéressant de connaître les projets et les réflexions de Michel Cassius, directeur Xbox pour l’Europe. Notamment sur le lent décollage des ventes de la Xbox. Une idée battue en brèche par l’ancien business development director d’Electronic Art Europe: « Il est temps de casser cette image de fiasco. Depuis le lancement en novembre 2001, nous avons vendu 8 millions de consoles à travers le monde. Nous sommes deuxièmes derrière la PlayStation et largement devant la GameCube sur le marché européen et américain. Pour une première dans un marché que Microsoft ne connaît pas, on ne peut pas vraiment parler d’échec. » N’empêche, avec l’énorme effort marketing concédé pour le lancement de la console et la place de n°1 généralement acquise par Microsotf dans tous les secteurs auquel il s’attaque, on s’attendait à mieux. D’autant que la division jeux de Microsoft, qui produit notamment la Xbox, accusait au quatrième trimestre 2002 un déficit d’exploitation de 322 millions d’euros, contre 167 millions un an plus tôt. « Il est clair que l’on nous attendait au tournant, reprend Cassius. Mais laissez-nous un peu de temps. Nous avons ainsi obtenu de bons résultats lors des ventes de cette fin d’année. Actuellement, nous préparons le lancement européen de notre service Xbox Live. » Le 14 mars prochain, moyennant l’achat d’un kit de démarrage – vendu 60 euros et comprenant un casque, deux jeux en démo et un abonnement d’un an – les propriétaires d’une Xbox équipés d’une connexion permanente au Net (ADSL ou câble) pourront se lancer dans des parties en réseau via la Toile. « Même si la concurrence a déjà lancé ce type d’offres, nous pensons que notre service, dont nous avons déjà vendu plus de 250 000 kits aux Etats-Unis depuis la fin novembre 2002, devrait attirer un grand nombre de hardcore gamers. » Il est vrai que la démonstration, proposée par Microsoft lors de la présentation officielle d’Xbox Live, laisse augurer de bonnes choses. Ainsi, à l’inverse de ce qui existe actuellement sur le marché, toute la partie technique (paramètre des connexions, enregistrement, choix d’un jeu…) se fait oublier au profit du seul plaisir ludique. Centralisé sur les serveurs de Microsoft, le service s’occupe de tout et fait office de porte d’entrée unique pour la totalité des jeux Xbox compatibles « réseau ». Plus besoin donc de modifier sa configuration chaque fois que l’on change de jeu. Mieux même, avec un tel système, il est enfin possible de comparer ses performances avec celles de l’ensemble des joueurs de la planète. Toujours à propos des jeux, seuls 5 titres estampillés live (MechAssault, Whacked, MotoGP, Ghost Recon, Unreal Championship) seront disponibles le jour du lancement. Une cinquantaine d’autres (dont Halo2, ConterStrikes X ou Project Gotham Racing 2) devraient venir les rejoindre d’ici à la fin 2003. Quant à la rumeur qui prêterait à Microsoft la volonté de racheter la division jeu de Vivendi Universal, Cassius, respectant en cela la politique de communication de Microsoft, se refuse à la commenter. Selon l’AFP, il semblerait toutefois que le rachat n’aurait jamais été envisagé par Redmond. Dommage et tant mieux pour les joueurs. Bénéfique dans un premier temps, il n’est pas dit que le passage de grands studios de développement (Black Label Games, Blizzard Entertainment, Knowledge Adventure ou Sierra…) dans le giron de Microsoft n’aurait pas, à plus long terme, annihilé toute concurrence dans le secteur des consoles.

Vincent Genot, Informations:

www.xbox.com/be

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