Les cinq clochers s’enlisent dans les travaux

Initiés il y a quatre ans, les chantiers dans le centre de Tournai devraient être terminés d’ici à 2015. Si la situation actuelle déplaît aux commerçants et aux riverains, la nouvelle majorité en place dans la cité picarde tente de limiter les dégâts.

Les années précédentes étaient annoncées comme celles des grands travaux dans le coeur de la cité de Clovis. En ce début d’année 2013, les engins sont toujours bien présents en centre-ville. Rues de Courtrai, des Chapeliers ou des Choraux, les dégâts sont divers : le revêtement du sol est ravagé, la voirie est cabossée et les automobilistes ne respectent pas les zones de rencontre limitées à 20 km/h. Une situation qui révolte un des commerçants implanté à deux pas de la cathédrale classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2000.

 » Je travaille ici depuis près de trente ans et le problème, c’est que les zones achevées il y a un an sont déjà dégradées, soit parce que les travaux ne tiennent pas, soit parce qu’il y a du vandalisme. Les artères remises en circulation en décembre dernier sont déjà détériorées. La Grand-Place a été refaite il y a une douzaine d’années et est dans un état déplorable ! On a l’impression que les travaux sont constants ou alors, qu’il y a un vrai manque de cohérence.  »

Une opinion que partage Marie Christine Marghem, première échevine MR et notamment en charge du suivi du projet Cathédral.  » Ce projet d’urbanisation a été voté sous l’ancienne majorité PS-CDH et c’est désormais le nouveau collège (PS-MR) qui le subit, explique cette Tournaisienne d’origine. Le MR a toujours été opposé à cette volonté de créer des surfaces planes renonçant au repère habituel qu’est l’accotement en saillie. Le revêtement choisi ne tient pas non plus compte de l’identité de notre ville.  »

Les commerces en difficulté

Au-delà de la durée des travaux, le stationnement pose aussi un gros problème dans le quartier. Les clients ne réussissant pas à se garer, leur descente en centre-ville se fait de plus en plus rare.  » On voit vraiment la répercussion des travaux sur l’activité commerciale quand on est implanté juste à côté. Tournai se montrant peu accueillante par ses trous, ses ponts fermés, ses travaux gigantesques, son manque de parking et son insécurité, les gens ont peur d’y venir et préfèrent faire 20 kilomètres de plus pour passer de l’autre côté de la frontière.  »

Selon notre interlocuteur, près de la moitié des gérants ont mis la clé sous la porte.  » Seuls les commerçants ayant un nom ou un service de qualité résistent encore.  » Selon un autre vendeur, ceux qui sont là depuis très longtemps se comptent sur les doigts d’une main. Une vingtaine de commerces ont fermé récemment et 16 % des cellules commerciales du centre-ville sont désormais vides.  » C’est dommage de laisser s’effondrer une ville qui a deux mille ans d’histoire. Pourquoi n’a-t-on pas su évoluer, alors que Lille, à 25 kilomètres d’ici, a changé d’une façon magistrale ?  »

La tendance négative est confirmée par une étude de l’Association du management de centre-ville (AMCV), parue à la mi-février. Selon le document de cet organisme qui analyse notamment la dynamique commerciale des centres-villes wallons, Tournai se trouve dans une position difficile. En cause : la chute de la densité commerciale et une hausse du nombre de cellules vides. Un bilan lié en partie à la concurrence exercée par les centres commerciaux situés à proximité, comme Les Bastions (qui doivent encore s’agrandir de quelque 12 000 m²) et Froyennes. Selon l’AMCV, un chantier prolongé cause une perte de 20 à 30 % du chiffre d’affaires d’un commerçant. Pour Jean-Claude Bernard, président de Tournai commerces, l’association des commerces de la ville,  » il n’y a encore rien d’un véritable centre commerçant. Pour amener une redynamisation, il va falloir établir un plan d’aménagement complet, une réflexion marketing, en pensant aux manières d’attirer le client dans le centre et aux points d’attractivité à mettre en avant. Sinon, il ne se passera rien « .

Jean-Michel Van de Cauter, le manager de l’ASBL Gestion centre-ville, déplore pour sa part  » l’absence d’un interlocuteur commercial crédible sur le terrain, comme on en trouve à Lille via le Gael (Groupement des acteurs économiques de Lille) ou à Courtrai avec le BID (Business improvement district). Ces systèmes fonctionnent de manière professionnelle grâce aux cotisations annuelles de tous les commerçants, avec qui ils communiquent en permanence en créant des newsletters et des événements ponctuels. Il est temps de former un groupe de travail et de regarder ensemble dans la même direction.  »

Une envie de renouveau

Si l’heure est à la contestation chez de nombreux Tournaisiens, elle n’en est pas encore au découragement.  » Nous avons beaucoup d’espoir dans notre nouveau bourgmestre Rudy Demotte, nous confie-t-on au détour d’une conversation. Il n’est en place que depuis trois mois mais j’espère qu’il fera bouger les choses, comme Paul Magnette (PS) l’a fait à Charleroi.  »

Quant à la nouvelle majorité PS-MR, elle espère rectifier le tir de quelques projets votés sous le maïorat précédent.  » Le plan de revitalisation est lancé depuis quelques années et comme nous avons des subsides pour l’achever, nous allons continuer, tout en essayant d’y faire des aménagements pour adoucir le sort des riverains et des commerçants, annonce Marie Christine Marghem. Nous voulons nous recentrer sur l’identité tournaisienne et utiliser le pavé local dont on connaît la chaleur et la solidité. Nous espérons aussi, à l’inverse des zonings situés en périphérie, pouvoir développer le commerce de proximité qui anime et fait vivre le centre-ville. Relancer l’épicier, l’indépendant qui conseille sa clientèle et propose des produits de qualité, et pas laisser s’installer des groupements économiques comme des night shops, juste dans l’optique de remplir les surfaces commerciales vides. Heureusement, Tournai aura toujours un élément d’attractivité internationale : sa cathédrale. Elle montrera toute son ampleur une fois qu’elle sera totalement rénovée.  »

ANNABELLE DUAUT

Une vingtaine de commerces ont fermé récemment et 16 % des cellules commerciales du centre-ville sont vides

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