Les chiffres de la honte

de dorothée klein

Le verdict est cruel. Dans le top 10 des communes où il fait bon vivre, Lasne constitue l’exception francophone qui confirme la règle de la domination flamande. En revanche, dans le flop 10, on ne trouve que des villes et villages wallons. Les 44 indicateurs dont l’Université catholique de Louvain s’est servie pour établir ce classement jettent une lumière crue sur une Belgique à deux vitesses. Vue du Nord, la Wallonie fait figure d’ancien pays de l’Est. On ne le répète pas assez aux francophones.

Les palmarès ont mauvaise presse. Leurs détracteurs les qualifient de peu fiables et redoutent qu’ils ne stigmatisent une population déjà fragilisée. Or, si les palmarès permettaient déjà de ne plus occulter des réalités gênantes, leur mérite ne serait pas mince. Certes, notre classement des communes montre que certaines sous-régions de Wallonie ont un niveau de vie presque équivalent à celui de la Flandre. Il s’agit, évidemment, du Brabant wallon, mais aussi de l’extrême sud du pays, d’une partie de la Hesbaye liégeoise, des cantons de l’Est et alentours. Mais, rappelons-le, ces communes profitent aussi de leur proximité avec des régions au produit intérieur brut plus élevé : Bruxelles, le grand-duché de Luxembourg, la Flandre, les Pays-Bas et l’Allemagne. Il n’en est pas moins vrai que l’écart économique continue de se creuser entre le Nord et le Sud.

Or peu d’historiens souscrivent à la théorie cyclique qui veut que des périodes de récession et de prospérité alternent. Il est vain de croire à un renouveau  » spontané  » de la Wallonie. Pour développer des politiques adaptées aux défis qui s’imposent, il faut d’abord poser les bons diagnostics. Voilà un des objectifs des palmarès. Dans les pays anglo-saxons, il existe une tradition de performances comparées, de rankings en ligne des universités, des hôpitaux, etc. A l’intention des candidats bâtisseurs et des futurs propriétaires, des sites immobiliers proposent un lien direct avec des indicateurs communaux au sujet des conditions de vie. La transparence est à ce prix. Cela oblige aussi les autorités compétentes à se doter des outils statistiques nécessaires.

Dans cet ordre d’idée, il faut saluer l’organisation désormais régulière d’évaluations externes des performances de nos élèves. Cette semaine, de nouveaux résultats ont été rendus publics. Ils sont préoccupants : en 2e secondaire, de 40 % à 50 % des élèves ne maîtriseraient pas suffisamment les mathématiques. Cette initiative témoigne d’un certain courage politique, d’une volonté de se soumettre à une forme de contrôle démocratique. Malgré des moyens financiers importants, comparables à ceux des pays voisins, la formation de trop nombreux jeunes Wallons et Bruxellois demeure largement insuffisante. Cette situation est en partie responsable de nos difficultés économiques. Le simple fait d’en prendre conscience ouvre déjà la voie à de meilleures perspectives d’avenir. N’oublions pas que le miracle économique flamand s’est opéré, en grande partie, grâce à la flamandisation des universités qui ont pu ouvrir ainsi leur enseignement à toutes les couches de la population. l

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