Les bêtes s’ébattent

Dans un ouvrage pétillant, une biologiste anglaise révèle tout des mours animales : dissolues, cruelles et excentriques

Nécrophilie, coprophagie, hermaphrodisme, polyandrie, inceste : comparée à celle de nos amies les bêtes, la sexualité humaine manque singulièrement d’imagination. Au chapitre bizarreries et perversions, Mère Nature s’en est donné à c£ur joie. Mais si la Création paraît fantasque, Olivia Judson ne l’est pas moins. Cette éminente chercheuse en biologie évolutive à l’Imperial College de Londres s’est offert une de ces fantaisies dont les scientifiques britanniques ont le secret en rédigeant ce Manuel universel d’éducation sexuelle à l’usage de toutes les espèces (Seuil).

Sous la forme d’un recueil de missives, façon courrier du c£ur, adressées au Dr Tatiana, une sexologue aussi fictive que burlesque, par les représentants les plus divers du règne animal, Olivia Judson révèle au grand public les manies génésiques et autres cocasseries morphologiques de bestioles faussement insignifiantes. Que saviez-vous des amours létales de l’abeille domestique, dont le mâle explose dans sa partenaire au moment crucial dans un grand  » crac  » de circonstance ? Des us criminels de la femelle moucheron, qui plonge sa trompe dans la tête de son amant durant l’acte sexuel, pour lui siroter la cervelle avant de se débarrasser de son cadavre ? Et des m£urs ludiques de M. Mouche à ballonnet, qui confectionne une petite baudruche de soie blanche pour occuper sa chérie pendant qu’il lui fait sa fête ? De la gnognote à côté de ces libellules équipées d’un pénis à deux cornes, ballon gonflable et longues soies, prévu pour décaper l’intérieur de leur compagne de toute semence déposée par un prédécesseur. Hérissé d’un piège en forme de mâchoires, le dos d’un certain grillon lui sert à retenir la femelle prisonnière pour lui faire subir tous les outrages. Bien fait : elle n’a qu’à pas tenter de lui grignoter les ailes au plus fort de leur étreinte.

Au rayon des excentricités, Oxyura vittata se pose là : ce tout petit canard argentin est pourvu d’un engin en tire-bouchon, couvert de piquants, long de 40 centimètres. A en croire le Dr Tatiana, toutes ces extravagances péniennes auraient un but précis : séduire les donzelles des espèces volages û les races fidèles se satisfont d’attirails plus modestes. Nonobstant, personne n’est à l’abri d’un accident. Ainsi, les tendres enlacements de l’éléphant de mer austral ou du vison américain finissent parfois tragiquement : une petite erreur d’appréciation, et la morsure de l’amant fougueux au cou de sa femelle tourne au broyage de crâne. Où l’expression  » faire l’amour comme des bêtes  » prend tout son sens. l

Marion Festraëts

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