Les armes de la liberté

Pour les Etats-Unis, nous sommes en guerre. Une nouvelle guerre mondiale, disent-ils, oppose les démocraties aux réseaux du terrorisme islamiste et il ne s’agit donc pas, font-ils entendre, d’être trop regardant sur les moyens de la gagner.

C’est le c£ur du débat sur la torture, Guantanamo et les  » prisons secrètes  » de la CIA. Condoleezza Rice vient d’y être confrontée tout au long de sa tournée européenne. Cependant, même en acceptant ce parallèle avec les précédents conflits mondiaux et même en oubliant que la bataille contre les djihadistes n’est pas un affrontement militaire entre Etats et donc pas une vraie guerre, comment les démocraties ont-elles eu raison du communisme ? Comme aujourd’hui, deux conceptions du monde étaient aux prises.

Deux systèmes de valeurs étaient en compétition et ce n’est pas par les armes, moins encore par la torture, que la liberté l’a emporté.

Ce fut, d’abord, grâce au plan Marshall. Grâce à cette aide économique massive qu’elle sut apporter aux démocraties européennes, l’Amérique leur a non seulement permis de se relever mais aussi, surtout, de développer leurs classes moyennes et d’élever le niveau de vie de leurs cols bleus, de donner à leurs peuples un espoir de progrès social qui les a détournés de la dictature du prolétariat.

Ce fut un effort politique pensé, réfléchi, planifié, comme son nom l’indique, un effort de concertation internationale et sociale, d’équité et de cohésion, face aux résultats duquel le communisme fut bien vite perdant. Entre les files d’attente du totalitarisme et les supermarchés de la liberté, la différence était éclatante, mais ce n’est pas sur le seul terrain de l’efficacité économique que la démocratie a gagné la bataille des c£urs.

C’est en réconciliant et en unifiant l’Europe, en promouvant la paix qu’elle a marqué des points décisifs avant d’assurer sa victoire en s’identifiant au respect des droits de l’homme.

Le communisme n’a pas été terrassé par le recours à la torture et aux coups d’Etat en Amérique latine. Il a, au contraire, mordu la poussière lorsque les Etats-Unis et l’Europe, se souvenant de leurs valeurs, ont inscrit le respect des droits de l’homme dans les accords d’Helsinki et que les mouvements dissidents ont pu s’appuyer sur le droit international pour se développer et dénoncer l’arbitraire.

Jamais, nulle part, la torture n’a permis de gagner une guerre. Elle ne fait que salir, pourrir et déshonorer ceux qui l’utilisent. Dans la bataille idéologique et morale contre les courants fanatiques de l’islam, elle est plus pernicieuse encore.

Elle ne fait, en l’occurrence, que ravaler les Etats-Unis au rang des barbares qu’ils combattent et que priver, par là, toutes les démocraties de cette arme première que sont les valeurs de droit sur lesquelles elles se sont fondées.

Ce n’est pas en respectant ses principes que la démocratie se lie les mains. C’est en les bafouant et en s’ôtant ainsi sa force – celle de la contagion.

Bernard Guetta

C’est par son exemplarité que la démocratie battra le djihadisme, comme, hier, le communisme

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