Johan Corthouts, porte-parole de la Financial Services and Markets Authority, qui contrôle le secteur financier. © dr

« Les apps de trading sont en phase avec l’univers digital des jeunes. »

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Certaines Bourses et applications de trading poussent à un allongement des horaires de trading. La Deutsche Börse a déjà augmenté de deux heures la possibilité de traiter des actions allemandes. Celle de Tokyo va rallonger sa séance d’une demi-heure. Pour Johan Corthouts, de la FSMA, ce n’est pas forcément une bonne chose.

De plus en plus de Bourses traditionnelles et de plateformes de trading veulent augmenter la durée des séances. Est-ce une bonne idée pour le monde de l’investissement? En parle-t-on en Belgique aussi?

Allonger le temps d’ouverture aura normalement pour effet de diminuer la liquidité, ce n’est donc pas une bonne chose sauf, éventuellement, pour les grandes capitalisations. Si on étend les séances, il sera plus difficile de suivre les marchés, sauf pour de grandes équipes. Est-ce souhaitable? Par ailleurs, élargir les horaires n’aiderait pas du tout les émetteurs qui doivent publier des informations sensibles ou réagir à des fuites éventuelles. Cela risquerait de nuire à la transparence et au bon fonctionnement des marchés en supprimant les périodes de fermeture qui permettent de communiquer de manière sereine.

Est-ce l’engouement des particuliers pour le trading – qui s’est fort accru depuis le Covid et les confinements – qui incite à ces allongements d’horaires?

A mon avis, non. La question de l’allongement des horaires de trading refait régulièrement surface. Prolonger légèrement les heures d’ouverture, de 8 heures à 18 heures par exemple, ne changerait pas grand-chose. Mais maintenir la Bourse ouverte jusqu’à minuit, ou plus, n’est vraiment pas souhaitable. Une ouverture prolongée pourrait entraîner une dilution du nombre d’ordres. On verrait alors le spread (NDLR: l’écart) entre cours acheteur et cours vendeur augmenter, ce qui aurait inévitablement pour effet d’accroître la volatilité. Les investisseurs éprouveraient au demeurant beaucoup plus de difficultés à suivre le marché s’il restait ouvert plus longtemps. Que se passerait-il si le cours d’une action devait subitement s’effondrer à 23 heures? Pourraient-ils alors encore réagir à temps?

Il est positif que les jeunes s’intéressent à l’investissement en actions s’ils le considèrent comme un outil d’investissement de l’épargne, pas comme un « casino ».

Le fait que le marché des cryptos fonctionne 24 heures sur 24 pousse-t-il aussi les Bourses dans le sens d’une ouverture plus longue? Le site Robinhood préconise à terme un trading 24 h/24. Est-ce envisageable pour les Bourses d’aller jusque là?

Maintenir le marché ouvert à toute heure n’aurait pas beaucoup de sens. Quand les sociétés devraient-elles publier leurs chiffres si la Bourse restait ouverte 24 heures sur 24? Une ouverture permanente augmenterait aussi fortement le risque de comportements manipulatoires pendant les heures plus creuses, où le marché serait moins réactif. Il serait alors plus facile de manipuler un cours en diffusant des informations trompeuses ou en employant d’autres techniques.

Les applications de trading séduisent-elles de plus en plus de jeunes?

L’ arrivée des applications de trading a incontestablement aidé les jeunes à franchir le pas et à investir en Bourse. Ces applications sont en phase avec l’univers digital des jeunes. Nous avons constaté que, depuis le début de la crise sanitaire, ces derniers manifestaient un intérêt croissant et durable pour la Bourse. Avec le confinement, ils ont eu davantage de temps pour s’intéresser de plus près au marché des actions et l’effondrement des Bourses en mars 2020 a créé des opportunités d’achat. Les applications de trading leur ont de plus facilité l’accès à la Bourse.

Une bonne nouvelle pour les Bourses et les investissements en actions?

Acheter des actions, c’est contribuer au financement de l’économie réelle. Cela vaut mieux que d’acheter des cryptomonnaies. De plus, les transactions en Bourse s’inscrivent dans un cadre réglementaire, avec des règles strictes pour limiter les délits d’initié et sanctionner les manipulations de marché. Il est clair qu’il est positif que les jeunes s’intéressent à l’investissement en actions s’ils le considèrent comme un outil d’investissement de l’épargne et pas comme un « casino ». Notre étude récente sur les jeunes investisseurs en Bourse montre d’ailleurs que les jeunes conservent leurs actions plus longtemps que les investisseurs plus âgés. L’ éducation financière dans ce cadre est très utile.

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Faut-il se méfier de ces applications, surtout lorsqu’elles annoncent des frais de transaction nuls?

Il est exact que certaines applications ne facturent pas de frais de transaction, de courtage ou autres. Mais rien n’est gratuit. Les investisseurs doivent être conscients du fait que les apps de trading se rémunèrent d’une autre manière et qu’ils paient indirectement pour les transactions qu’ils effectuent par le biais de ces applications.

Quels conseils la FSMA peut-elle donner aux jeunes investisseurs séduits par les applications de trading?

Les applications de trading se servent de notifications push (NDLR: messages d’alerte) pour inciter les investisseurs à acheter et vendre dans la précipitation. Méfiez-vous. Il est important que les jeunes prennent le temps avant de décider d’investir et qu’ils visent toujours le long terme. Pour bien gérer son portefeuille, il faut en outre répartir ses investissements sur plusieurs instruments financiers suffisamment diversifiés. Investir n’est pas un jeu. Les jeunes doivent faire attention à ne pas se laisser entraîner par les performances et les recommandations d’autres investisseurs. Certains messages postés sur les forums Internet ne sont que des publicités, voire des formes de manipulation.

La FSMA a publié une liste de plateformes de trading frauduleuses. Il faut donc s’en méfier?

Evidemment. Nous n’avons en l’occurrence pas affaire à des applications de trading ou des plateformes de banques ou de sociétés de Bourse agréées. Les plateformes à l’encontre desquelles la FSMA émet des mises en garde sont impliquées dans des escroqueries, ne sont pas agréées ou proposent des investissements interdits dans notre pays. Elles font souvent paraître des fausses publicités sur les réseaux sociaux ou les apps mobiles. Dès qu’un consommateur clique sur cette publicité et laisse ses coordonnées, quelqu’un l’appelle pour lui faire une proposition d’investissement très alléchante. Il s’agit alors de ne pas oublier le dicton: ce qui est trop beau pour être vrai ne l’est souvent pas.

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