L’épilogue : quand, comment ?

Pourquoi tout est sorti ?

Grâce à une indispensable conjonction de facteurs, comme pour toutes les affaires importantes. Une forme d’omerta régnait à Charleroi depuis plusieurs années. Elle a volé en éclats, en septembre 2005, après la révélation d’un audit assassin au c£ur de la société d’habitations sociales La Carolorégienne. La presse s’est réveillée. La justice carolo a bénéficié de l’arrivée conjointe d’un nouveau procureur du roi, Christian De Valkeneer, et d’une juge d’instruction, France Baeckeland, déterminée et spécialiste en délinquance financière. Etiqueté CDH, De Valkeneer n’est pas carolo comme son prédécesseur Thierry Marchandise ; cela évite d’être soumis aux pressions les plus directes. Le procureur connaissait le  » système Carlier « , mis en place par l’ancien  » parrain  » du PS local. Discrète et bûcheuse, la juge Baeckeland a pour réputation de ne jamais lâcher prise. Nommée sous le quota libéral, elle a bénéficié du soutien sans faille de la ministre sortante de la Justice Laurette Onkelinx (PS). On chuchote que 80 % des enquêteurs brillants que compte la Belgique francophone travaillent sur les dossiers carolos.

Quand auront lieu les procès ?

Pour l’année en cours, on évoque une  » fenêtre d’opportunité  » : de quoi éviter les interférences entre de tels procès, embarrassants pour le PS, et le déroulement des élections régionales de juin 2009.

Sauf man£uvres dilatoires, l’homme d’affaires Robert Wagner pourrait être le premier à devoir se justifier devant un tribunal correctionnel, l’automne prochain. Il est poursuivi pour fraude aux subsides et corruption dans un dossier lésant la Région wallonne et l’Union européenne. Un procès décalé mais symbolique : un proche ami de Van Cau, favorisé.

Claude Despiegeleer sera rapidement exposé, lui aussi : bientôt jugé pour l’installation d’une chaudière dans sa maison de vacances à Carcassonne, aux frais du contribuable.

Le tout premier dossier en date, celui de La Carolorégienne, est bouclé depuis quelques mois. Le procès pourrait être organisé au second semestre de 2008.

Idem pour l’ICDI et les abus de bien sociaux présumés de l’ex-échevin Lucien Cariat.

On verra plus tard, à coup sûr, pour l’épais dossier relatif à la gestion calamiteuse de la ville de Charleroi ; il y a encore de nombreux cadavres dans les placards.

L’affaire  » ISPPC/IFCA  » attend son verdict. Même chose pour l’enquête  » Wagner  » qui pourrait ébranler la société cotée en Bourse du  » Petit Albert Frère « .

A quoi cela peut-il servir ?

Les magistrats en sont davantage conscients que les enquêteurs de terrain : à un certain moment, il est nécessaire d’aller à l’essentiel, d’atterrir. Mais comment boucler une investigation quand on a l’impression d’être sur le point d’atteindre les  » cerveaux  » des affaires ? Que faire quand une (nouvelle) piste prometteuse se dégage ? Des choix s’imposent aujourd’hui. Refermer certaines portes, conclure, renvoyer devant les tribunaux en l’état. Car un danger se profile déjà, récurrent pour ce type de gros dossiers qui meurent comme les dinosaures : le dépassement du délai raisonnable, en cas d’enlisement, d’ici à trois, cinq, sept ans. Une catastrophe pour les inculpés, la ville et le pouvoir judiciaire, lequel démontrerait une nouvelle fois son agaçante lenteur.  » Pas grave, nuance un magistrat optimiste. L’essentiel est fait. A Charleroi, on a réintroduit la norme. Plus rien ne sera jamais comme avant. « 

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