L’enfer de Denis Flahaut

Paris-Roubaix ? Le coureur ch’ti Denis Flahaut en rêvait. Pour sa première participation, il a rallié l’arrivée… hors délais.

Plus de six heures sur la selle. 260 kilomètres, dont 53 de pavés. Paris-Roubaix ressemble à un chemin de croix. Aucun des 198 coureurs qui se sont présentés au départ de l’épreuve, dimanche dernier, ne l’ignorait. Mais, à l’arrivée, pour 113 d’entre eux qui ont fini la course dans les temps, il y avait la consolation de pouvoir inscrire leur nom dans les archives d’un monument du cyclisme. Ce morceau de gloriole, le Polonais Maciej Bodnar et le Français Denis Flahaut l’ont effleuré. Les deux hommes ont ravalé leurs souffrances et achevé l’épreuve… mais hors délais. Du coup, pour le classement officiel, c’est comme s’ils n’avaient pas donné le moindre coup de pédale. Rageant.

Imaginez la scène. Dimanche 13 avril, vers 17 h 10, Tom Boonen parade sur le podium. Dans les douches du vélodrome de Roubaix, les coureurs frictionnent leurs corps cabossés. Au secteur pavé de Gruson, à 15 kilomètres de l’arrivée, les spectateurs plient bagage. Ils envahissent la route et regagnent leurs voitures. Le car affrété par le fan-club de Boonen s’apprête à regagner Balen, fief du champion. Soudain surgissent d’on ne sait où deux motards de la police. Ils se fraient un passage à grands coups de klaxon. Derrière eux, un cycliste zigzague, empruntant tantôt le haut du pavé, tantôt le bas-côté : un  » vrai  » coureur, à en croire son dossard, le 205. Il lui faudra encore vingt-cinq minutes pour rejoindre Roubaix, presque une heure après l’arrivée triomphale de Boonen.

Son premier Paris-Roubaix… Denis Flahaut en rêvait depuis des années. Il faut dire que la course passe à moins d’un kilomètre de chez lui, à Prouvy. Voilà pourquoi ce Ch’ti, largué dès les premiers pavés, à cause de deux crevaisons, n’a pas lâché prise.  » Je me suis retrouvé tout seul dès la tranchée d’Arenberg, à 95 kilomètres de l’arrivée, raconte-t-il. De temps en temps, je remontais de petits groupes d' »attardés ». Mais tous les coureurs que je rattrapais, ils abandonnaient un peu plus loin.  » Plusieurs fois, la voiture-balai est montée à sa hauteur. Le chauffeur lui a conseillé d’arrêter : à quoi bon persévérer ?  » Je savais bien que ce serait quasi impossible de rentrer dans les délais. Mais il y avait ma famille, mes supporters, mes amis belges, qui m’attendaient le long de la route. Rien que pour eux, je ne pouvais pas mettre pied à terre.  » l

F.B.

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