Tanya Goel, Mechanisms 9, 2020. © Collection privée, Londres

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En matière d’art, cela fait un moment que l’on parle de la nécessité, pour l’Occident, de décoller les yeux de son nombril. Longtemps pourvus d’oeillères, les responsables des musées ont compris qu’il était grand temps de regarder ailleurs, un vaste mouvement de globalisation s’étant emparé de la création contemporaine, bien décidé à n’épargner personne. Quand on y pense, le chemin parcouru est considérable: il a fallu attendre 1989 pour que le Centre Pompidou daigne mettre en scène des plasticiens non occidentaux à l’occasion des Magiciens de la terre, une exposition de Jean-Hubert Martin.

Il reste que l’intensification de cette conversion se fait désormais sentir jusqu’en Belgique où, à l’instigation du conservateur d’art contemporain Pierre-Yves Desaive, les Musées royaux des beaux-arts de Belgique programment deux artistes, Tanya Goel (1985) et Omar Ba (1977), issus respectivement des scènes artistiques indienne et sénégalaise. La première épate à travers un mélange de toiles grands formats et d’aquarelles ciselées aux contours néoconstructivistes. Le tout pour une féerie optique qui s’appuie sur une démarche rigoureuse poussant le détail jusqu’à la fabrication en propre des pigments à base de matériaux glanés à même des sites de démolition à New Delhi. En associant ainsi cette substance psychopompe à des oeuvres géométriques abstraites, Goel réussit un grand écart qui bouleverse: science et spiritualité cheminent de concert. Omar Ba, quant à lui, talent déjà repéré à la galerie Daniel Templon, ne suscite pas moins l’admiration à travers un foisonnement technique – stylo bille, encre de Chine, acrylique, gouache… – d’une extrême fluidité. On aime aussi ces emprunts – notamment des scènes d’intérieur pavés dénichées auprès de la peinture néerlandaise du XVIIe siècle – somptueusement digérés et recrachés. Davantage marquée politiquement, l’iconographie de Ba fait circuler le regard de la violence à la délicatesse.

Aux Musées royaux des beaux-arts de Belgique, à Bruxelles, jusqu’au 7 août.

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