Le week-end des longs couteaux

de christine laurent

Mais quelle mouche les a donc piqués ? Certes, depuis l’après-7 juin, on savait le parti ébranlé, certains mandataires fébriles, de nombreux militants inquiets. Un climat plombé par les non-dits, les rumeurs, les petites flèches empoisonnées expédiées par l’un ou l’autre au détour d’une interview. Bref, ça tanguait. Juré, craché, le président avait entendu la grogne, il l’avait promis, l’heure des réformes avait sonné, ce serait pour le printemps prochain. Un nouveau job pour ce rescapé de l’affaire Fortis, pour un homme qui avait jusqu’ici miraculeusement échappé aux balles flamandes et même francophones. Et qui n’était pas peu fier d’avoir bouclé  » honorablement  » le budget avec ses partenaires du fédéral, en faisant payer notamment les banques.

 » Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge  » ? Patatras ! Le week-end fatal. Une missive savamment peaufinée dimanche par 37 élus, et pas des moindres, atterrissait sur son bureau lundi matin. Une bombe portée par des guérilleros aux intentions belliqueuses à peine voilées. Les longs couteaux affûtés sortaient des fourreaux, la vendetta larvée prenait des allures de croisade, mais avec des belligérants désormais clairement identifiés. De quoi faire voler en éclats un mouvement que l’on croyait solide et bien ancré sur ses bases. Il aura suffi de deux jours pour atomiser une solidarité que l’on découvrait factice, fragile. L’affrontement s’annonçait ravageur.

On le sait bien, Reynders a un ego dilaté. Or, par les temps qui courent, l’arrogance est périmée. De plus, la cure d’opposition imposée au MR par Ecolo a suscité de nombreuses frustrations. Autant de maroquins et de promotions en moins pour les ambitieux. La faute à Didier. Et puis, il y a cette garde rapprochée liégeoise, la  » nano-oligarchie  » du président, qui irrite. On parle de dérive monarchique, de pouvoir confisqué. Sans oublier Maingain et son FDF qui n’en font qu’à leur tête. Trop, c’est trop. Autant de bombinettes qui alimenteront un combat de coqs inattendu. D’autant plus qu’il marque le retour, dans l’arène, des Michel, des poids lourds. Mais, au fait, que veut la fronde ? Virer Reynders ? Prendre le pouvoir ? Pour le transmettre à qui ? Et que  » faire  » de Reynders, légitimement élu en 2008 et qui compte encore de nombreux partisans, après le coup d’Etat ? Quelle politique pour demain ? Avec quels objectifs ? Autant de questions, autant de points d’interrogation. Mais les mutins ont-ils vraiment les réponses ?

Nul doute que le MR a besoin de changements de fond, d’une vraie autocritique, d’une révision de ses programmes et de son fonctionnement. Une étape indispensable s’il veut se maintenir au top niveau. Le malaise général est palpable. Mais fallait-il, pour autant, qu’il se tire non pas une balle dans le pied, mais qu’il s’immole sur la place publique ? La mise à nu salutaire doit-elle nécessairement passer par la guillotine ? Une stratégie d’autant plus périlleuse qu’elle pourrait conduire, à terme, les libéraux à dégringoler autour des 15 % en 2011. Fini le grand mouvement de centre droit, tout bénéfice pour le Parti populaire de Modrikamen qui, déjà, se frotte les mains. Oui, comme le disait, in petto, un mandataire MR cette semaine,  » les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir devant nous « .

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« Les portes de l’enfer viennent de s’ouvrir devant nous « 

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