Le vent et la fureur

Connaissez-vous Claudie Gallay ? Son nouveau roman, Les Déferlantes, est un petit bijou ! 500 pages qui claquent, giflent, se dévorent et, au final, explosent et vous laissent KO. KO et heureux. Chaque phrase est ciselée dans l’acier des sentiments les moins avouables. On commence à lire et l’on est hypnotisé. Par le style, simple et superbe. Par les personnages, troubles et duplices. Par l’histoire, inquiétante et ensorcelante.

La narratrice observe les oiseaux. C’est son métier. Elle a besoin de ça, de ce travail répétitif, un peu dénué de sens. Depuis la mort de son compagnon, elle s’est réfugiée à l’extrémité du port de la Hague, dans une maison qui semble construite sur les vagues. Abrutie par le fracas de la mer, elle compte les migrateurs. Elle compte les jours, aussi. Un matin, un homme arrive à la Hague. Il s’appelle Lambert. On apprend vite qu’il est de retour sur les lieux d’un drame. Quarante ans plus tôt, son père, sa mère et son jeune frère ont péri noyés au large du village. Lambert est persuadé que le responsable de l’accident est le gardien du phare : comme dans le poème de Prévert, il aurait éteint les lumières un soir de tempête où les oiseaux venaient se fracasser contre ses vitresà

Un homme hanté par son passé, un vieux gardien de phare misanthrope entouré de ses chats, une tenancière de bistrot au verbe haut et à la rancune tenace, un sculpteur ravagé par ses créatures, une femme hagarde qui déambule sur les plages et accoste les passants en croyant reconnaître ceux que la mer lui a pris jadisà Ces personnages de tragédie grecque évoluent dans un décor sublime, décrit avec une précision digne de Herman Melville : Claudie Gallay a réussi un tour de force en offrant à la Hague – jusque-là connue pour son usine nucléaire et la tombe de Jacques Prévert – une ode d’une magistrale puissance. C’est un roman géographique que vient de réussir cette romancière (trop) discrète. Peu à peu, en un glissement insensible, ce qui devait être une histoire de deuil se métamorphose en enquête policière, en quête spirituelle, en histoire d’amour. Sur cette terre de légende, la réalité et l’imagination se croisent dans une sarabande infernale. Vous voilà prévenus : ne passez pas à côté des Déferlantes !

Les Déferlantes, par Claudie Gallay. Ed. du Rouergue, 528 p.

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