Le succès à Bénabar

Après deux Cirque royal archi-complets, Bénabar occupera Forest-National en octobre. Approche d’un mini-phénomène de la variété ludique

La trentenaire n’a pas quitté son sourire épanoui de toute la soirée : une vraie publicité pour le bonheur ambulant. Les deux concerts de Bénébar au Cirque royal, à la mi-février, ont encore démontré l’engouement suscité par le chanteur parisien. Equipé d’un bataillon de comptines douces-amères, Bénabar – Bruno Nicolini dans le civil – s’est constitué une véritable légion de fans depuis la sortie de son second album, éponyme, en 2001. En cause : des scènes de la vie quotidienne gentiment repassées au tamis de l’humour sentimental et de l’observation caustique. Trois albums à succès sortis après un premier disque confidentiel et déjà un million de copies vendues. Un bled et une fête qu’on ne trouve pas ( L’Itinéraire), la rupture du meilleur ami ( Dis-lui oui), le sourire aux émissions de l’enfance ( Maritie & Gilbert Carpentier) : un véritable embouteillage de souvenirs aiguisés par la trentaine, les bons copains et les bons mots. Le tout mis en spectacle dans une drôle de danse du crabe (toujours penché vers l’avant) et une énergie très Nicolas Sarkozy.  » Ah oui, on partage peut-être le même type d’énergie mais pas les idées ! J’ai toujours voté à gauche et, chez moi, la politique faisait intégralement partie de mon éducation.  »

Au lendemain de son premier concert au Cirque royal, malgré une virée nocturne qui l’a mené à une frite andalouse sur le coup de 6 heures du mat’, Bénabar répond aux questions sur son goût des radiographies sociétales.  » Mon imagination a été nourrie des tournages de films où j’accompagnais mon père, régisseur. Je croisais Delon, j’assistais à la genèse de Coup de torchon, je me faisais mes scénarios.  » A une seconde école, celle de Canal +, il affine son sens du synopsis : la sitcom H devient prétexte à écrire de  » l’humour rigolo  » ( sic) :  » Je travaillais sans censure aucune, à une période où Canal avait encore le vent en poupe et nous autorisait à écrire de petites horreurs, comme celle de la femme enceinte d’un chien.  » Plus sages sont les actuelles compositions :  » Oui, j’ai un côté peut-être horriblement correct, mais sans me forcer : je n’ai aucune visée de consensus. Parfois, entre les chansons, il m’arrive de déraper.  » Ainsi, une remarque drôle balancée sur la scène du Cirque royal :  » Vous n’êtes pas très reconnaissant qu’on ait fait plusieurs centaines de kilomètres pour apporter de la culture dans le nord de la France « , qui provoque son lot attendu de brouhaha. Le public répond à la provoc’ et, pendant quelques minutes, le malicieux Bénabar enfonçant le clou, on pourrait croire que le triomphe assumé va virer à la désapprobation.  » Cette peur fait l’intérêt de la chose, j’aime bien montrer au public que je ne le prends pas pour un tas d’imbéciles auquel on va inlassablement répéter soir après soir qu’on l’aime à mourir. J’évite cette démagogie-là.  »

Indifférent au concept de  » nouvelle chanson française  » –  » une appellation inventée par les journalistes  » -, Bénabar assume complètement celui de  » variétés « .  » Je ne voudrais pas avoir de complexe déplacé, j’assume un tango ou un bout de chanson à l’accordéon, je suis avant tout narratif : il y a peu de place pour l’imagination.  » Pas tout à fait, puisque c’est dans les histoires moins drôles que cet  » adulte hyperkinétique  » réussit les meilleures choses. Par exemple, dans Je suis de celles, où Bénabar retrouve une ancienne copine de lycée, autrefois  » Marie couche-toi là/Dont on oublie le nom « , il y fait preuve d’une finesse d’écriture parfaitement touchante.  » J’écris des choses tristes que j’essaie de cacher avec la musique. J’évite de me laisser gagner par le spleen, et puis, j’ai un peu de mal à mettre mes intestins sur la table de façon frontale, impudique. Je ne voudrais pas singer Brel.  » En commun avec l’icône belge, Bénabar – qui a habité trois ans à Bruxelles – avoue  » faire partie de ceux qui ont peur du vide « . Le prélude, peut-être, à d’autres chansons plus fragiles…

Dernier CD Reprise des négociations chez Sony-BMG. En concert le 21 octobre à Forest-National. Infos : 0900 84300 (0,45 euro/min).

Philippe Cornet

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