Le scrutin en 12 leçons

1. N-VA ÜBER ALLES Les leaders francophones ont beau relativiser l’ampleur de la vague jaune et noire, sortir les calculettes, brandir les tableaux. Il reste ce fait têtu : Bart De Wever a raison quand il clame que la N-VA domine désormais l’ensemble de la pyramide politique, de la base au sommet, du local au fédéral. En dix ans, la formation nationaliste a multiplié par dix son électorat. On ne voit pas comment elle pourrait perdre la méga-élection de 2014.

2. EN WALLONIE, UN PAYSAGE POLITIQUE DANS LE FORMOL  » Une élection pour rien.  » Ce commentaire glissé par le porte-parole d’un ministre résume bien ce qu’a provoqué le 14 octobre dans le sud du pays : zéro bouleversement. Pas de grand vainqueur, pas de grand perdant. A l’échelon provincial, il faut sortir la loupe pour repérer les mouvements de voix d’un parti à l’autre. En maints endroits (Waterloo, Farciennes, Châtelet…), les majorités absolues se renforcent. Presque partout, l’écharpe va aux sortants et/ou aux vedettes. Exemples : Elio Di Rupo à Mons, Jean-Michel Javaux à Amay, Benoît Lutgen à Bastogne, Paul Magnette à Charleroi, Carlo Di Antonio à Dour, Jean-Charles Luperto à Sambreville, etc. Le citoyen wallon se fie aux valeurs sûres.

3. LE PS EN MAUVAISE POSTURE Le Premier ministre Elio Di Rupo peut renouveler son abonnement à la salle de fitness, il va avoir besoin de se détendre. Les prochaines semaines s’annoncent infernales pour les socialistes. Poussés par le souffle chaud de la N-VA, le CD&V et l’Open VLD ne feront aucun cadeau au PS. Conforté par un scrutin qui lui a plutôt bien réussi, Charles Michel maintiendra la pression sur la sécurité et l’immigration. Et pendant ce temps-là, l’industrie wallonne vacille, l’extrême gauche s’agite. Voilà Di Rupo attaqué sur son flanc nord, menacé sur sa droite, pilonné sur sa gauche.

4. BRUXELLES, VERS UNE COALITION ANTI-PS EN 2014 ? Mi-Stratego, mi-dominos, la Région bruxelloise est en feu. Le CDH et Ecolo tournent le dos au PS de Laurette Onkelinx à Schaerbeek ? Les socialistes boutent le CDH de Joëlle Milquet dans l’opposition à la ville de Bruxelles. Conséquence ? Centristes et écolos s’unissent pour précipiter la chute de Philippe Moureaux à Molenbeek. La suite ? Nul ne la connaît. Entre le PS et le CDH, la haine guette. Les relations FDF-Ecolo sont au plus bas. Le chef du gouvernement bruxellois, Charles Picqué, pourrait se retirer d’ici à 2014. Didier Reynders se profile comme un ministre-président potentiel, tandis que le divorce entre les libéraux et les FDF a rebattu les cartes dans la capitale. Alors, quelle coalition après 2014 ? Une  » jamaïquaine  » MR-Ecolo-CDH n’est pas exclue, mais d’autres scénarios circulent, y compris celui, inédit, d’une tripartite MR-FDF-CDH.

5. LE MODÈLE PROPORTIONNEL EN QUESTION Là où il est question d’éthique et de transparence. Les jeux d’alliances, les tractations secrètes, les accords pré ou post-électoraux, les représailles donnent au citoyen l’impression que l’essentiel de la partie se déroule sans lui. Est-il éthique de se liguer à trois pour repousser le premier parti dans l’opposition, comme le MR en a fait de nouveau les frais à Ottignies- Louvain-la-Neuve ? Est-il logique que le pouvoir échoit à deux partis en baisse, comme à Liège ? Débat sans fin. Mais ces petits jeux politiciens, inhérents au scrutin proportionnel, ont rarement été aussi mal compris des citoyens.

6. LA SOURDE CONTESTATION DES PARTIS TRADITIONNELS Jusqu’ici, tout va bien… A première vue, aucun des quatre grands partis francophones n’a subi de désaveu cinglant le 14 octobre. Et pourtant. Derrière le voile des apparences se cache une réalité qui devrait inquiéter les formations traditionnelles. L’abstention, les votes blancs et nuls ont atteint des niveaux records. En Wallonie, dimanche, 1 électeur sur 5 n’a exprimé aucune opinion. A Bruxelles, la proportion s’élève à 21,9 %. Un peu partout, les listes alternatives progressent elles aussi. A Mons, le mouvement Citoyen de John Joos, le porte-parole des victimes de l’incendie des Mésanges, rallie 4,3 % des suffrages. A Liège, Vega (Verts de gauche) recueille 3,6 % et le Parti des pensionnés, 2,4 %. Aux élections provinciales, le Parti pirate dépasse le seuil des 3 % dans plusieurs cantons (Tournai, Andenne, Namur, Wavre), tandis qu’en Région bruxelloise le parti Islam engrange plus de 4 % des voix à Molenbeek et à Anderlecht.

7.LE BOOM DE L’EXTRÊME GAUCHE C’est l’objectif affiché par Raoul Hedebouw, le bouillant porte-parole du PTB : passer du statut de  » plus grand des petits partis  » à celui de  » plus petit des grands partis « . L’ex-formation maoïste, relookée, n’en est pas encore là, mais elle a réussi à frapper les esprits. Les communistes font leur entrée dans les conseils communaux de Liège, Charleroi, Mons, Schaerbeek, Molenbeek… A Seraing et à Herstal, avec presque 15 %, le PTB est désormais la deuxième force politique. A Anvers, où il a séduit 8 % des électeurs, il devance Groen et l’Open VLD.

8.ÉCOLO DANS LA COUR DES GRANDS, CELLE DES MÉCHANTS Les écologistes bétonnent les deux maïorats qu’ils détenaient déjà (Amay et Ottignies-Louvain-la-Neuve) et en glissent trois nouveaux dans leur escarcelle (Watermael-Boitsfort, Enghien, Fauvillers). Leur nombre de conseillers communaux passe de 286 à 402 en Wallonie, de 82 à 99 en Région bruxelloise. Sur le terrain local, les verts ne sont plus des nains de jardin. Rayon coups machiavéliques aussi, ils haussent le niveau. Pas de chance pour Martine Payfa. La bourgmestre FDF de Watermael-Boitsfort, arrivée en tête le 14 octobre, est remballée dans l’opposition en raison d’une conspiration ourdie par Olivier Deleuze.

9. CHARLEROI N’EST PAS GUÉRIE Jamais la politique carolo n’avait semblé si glamour. Merci Magnette. Mais si le Pays noir est en voie de normalisation politique, sa situation sociale et économique reste dramatique. Le résultat des élections l’atteste. Charleroi est l’unique grande ville wallonne où l’extrême droite dépasse les 10 %.

10. REYNDERS-MICHEL, LE MATCH N’EST PAS FINI Ne pas se fier aux apparences. Au MR, la grande réconciliation entre les clans Michel et Reynders n’aura pas lieu. Mais comment le vent tournera-t-il ? Le 14 octobre, les libéraux ont plutôt tiré leur épingle du jeu. Ils progressent dans les provinces de Namur, de Liège et du Brabant wallon, et se maintiennent dans le Hainaut. De quoi renforcer la position de Charles Michel, président du MR depuis dix-huit mois. Mais son rival d’hier (et de demain ?) a lui aussi gagné les élections. Dans son nouveau fief ucclois, Didier Reynders réalise un score canon, 4 331 voix. En filigrane, le vice-Premier ministre a aussi pesé sur le scrutin liégeois : sans lui, le MR s’est écrasé dans la Cité ardente.

11. CRISE EXISTENTIELLE À L’OPEN VLD En 2003, l’Open VLD était encore le premier parti de Flandre. Moins de dix ans plus tard, les libéraux flamands ne pèsent plus lourd. A Anvers, leur candidate, la ministre Annemie Turtelboom, n’arrive qu’en sixième position, avec un score riquiqui (5,5 %). Le parti élira d’ici à décembre un successeur à son actuel président, Alexander De Croo. Trop tard pour sauver les meubles ?

12. LE PS LIÉGEOIS EN VOIE DE RECOMPOSITION On le présente comme le Mazarin du PS liégeois, l’homme qui tire les ficelles en coulisses. Sa toute-puissance vient d’en prendre un coup. A Ans, où Stéphane Moreau emmenait la liste, les socialistes dévissent, de 53 à 43 %. Le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer, voit lui aussi sa popularité s’effriter : il a perdu 6 000 voix de préférence en six ans. En baisse également, le député provincial André Gilles. Globalement, le PS recule dans tout le bassin liégeois. Sauf à Herstal, chez Frédéric Daerden, et à Oupeye, chez Mauro Lenzini.

FRANÇOIS BRABANT

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