Le rail à la diète

Le conseil d’administration de la SNCB a finalement approuvé le plan d’investissements pour 2003, après y avoir apporté quelques retouches. Les ombres qui y subsistent se dissiperont dans quelques mois. Si tout se passe bien

Le discours est clair, posé mais ferme. « Nous maintenons nos 4 priorités d’actions, assène Karel Vinck, l’administrateur délégué de la SNCB: la sécurité, la régularité des trains, la propreté et un maximum de places assises. » Fort bien. Nul n’y trouverait à redire. Mais l’homme fort du rail n’en reste pas là, car il conditionne le respect et la concrétisation de ces priorités à la réalisation d’économies, à une amélioration du fonctionnement de l’entreprise et à une augmentation de la productivité. S’il se voulait plus direct encore -mais Karel Vinck a d’ores et déjà compris que la liberté de ton n’est pas tout à fait la même selon que l’on dirige une entreprise publique ou une entreprise privée- il lâcherait sans doute juste ces quelques mots: « Ces efforts-là sont indispensables pour que la SNCB sauve sa peau. »

De fait. Avec une dette qui atteindra 6,3 milliards d’euros cette année et une perte avant impôts et amortissements de 90 millions d’euros l’an dernier, on ne peut pas dire que le rail est au mieux de sa forme. Certes, cette perte est inférieure de 46 millions aux pronostics établis en novembre, grâce à une réduction des coûts et à un effort de productivité, et son chiffre d’affaires devrait progresser de 2,6% en 2003, pour atteindre 2,2 milliards d’euros, mais tout de même. « Actuellement, nous décaissons -sans les avoir!- 1 milliard d’euros par an », insiste Karel Vinck sur les ondes de la RTBF. C’est dans ce contexte un rien tourmenté, et à moins d’un mois de la libéralisation totale du transport de marchandises par rail, que le conseil d’administration a finalement donné son aval au plan d’investissements de la SNCB pour 2003. Sa première version, éventée dans la presse, avait suscité un tollé dans les milieux politiques, entre autres en raison des très maigres moyens consacrés au développement du projet RER (réseau express régional): 7 millions d’euros, en lieu et place des 86 millions prévus dans le plan d’investissements 2001-2012.

« Il nous est techniquement et administrativement impossible de réaliser les travaux prévus à l’origine, explique Karel Vinck, tout en invoquant, par ailleurs et d’avance, les difficultés politiques soulevées par le recours au fonds RER, pourtant riche de 420 millions d’euros.

Plus généralement, le patron du rail a beau jeu de souligner qu’ « en 2003, nous ne disposons plus des moyens qui étaient prévus dans le plan d’investissements vieux d’à peine deux ans. Il faut donc nous adapter. Nous ne gelons aucun projet et nous ne bouleversons rien. Simplement, nous reprogrammons nos dépenses en fonction des moyens disponibles. »

Cette année, donc, 1,25 milliard d’euros devraient être investis au bénéfice du rail, soit 510 millions de moins que prévu. Cet impressionnant montant n’en est pas moins inférieur à l’enveloppe de 1,3 milliard allouée cette année par l’Etat à la SNCB, pour ses investissements. On s’en étonne d’ailleurs, au cabinet de la ministre de la Mobilité et des Transports, Isabelle Durant. Celle-ci dispose de quarante jours pour réagir au plan proposé par le conseil d’administration, obtenir les éclaircissements voulus ou modifier certains de ses passages.

A ce jour, les principaux investissements prévus en 2003 sont:

RER Le réseau express régional bénéficiera finalement d’une enveloppe de 25,6 millions d’euros. Le ralentissement des investissements ne devrait avoir aucune conséquence sur le calendrier prévu, assure-t-on à la SNCB: les premières liaisons (Braine-le-Comte-Termonde et Grammont-Malines) devraient être mises en service en 2006 et l’ensemble du réseau devrait être opérationnel entre 2009 et 2012.

ACCUEIL DES VOYAGEURS Une septantaine de gares seront réaménagées (parkings, abords, accès…), en plus des gares de Liège, Namur, Anvers, Louvain et Bruxelles, où des travaux de rénovation ont déjà été entamés. La propreté dans les trains devrait s’améliorer.

TGV Le train à grande vitesse bénéficie de 432,3 millions d’euros, qui serviront à financer les travaux d’infrastructure sur les lignes orientées vers les frontières allemande et néerlandaise. Ces travaux devraient théoriquement être finalisés en 2006.

INFRASTRUCTURE C’est l’un des plus gros postes du budget: 371,7 millions d’euros, grâce auxquels le réseau sera entretenu et étendu.

MATéRIEL 305 MILLIONS D’EUROS SERONT CONSACRéS à L’ACHAT OU à LA RéNOVATION DE MATéRIEL ROULANT. 140 VOITURES ET 20 LOCOMOTIVES SERONT LIVRéES CETTE ANNéE. EN REVANCHE, LA SNCB N’INVESTIRA PAS UN EURO EN MATéRIEL ROULANT POUR LE RER, BIEN QUE LA LOI LE PRéVOIE ET QU’UNE COMMANDE EN 2003 SOIT IMPéRATIVE POUR QUE LE RER PUISSE ROULER EN 2005.

SéCURITé: 33 MILLIONS D’EUROS SERVIRONT NOTAMMENT à MODIFIER OU à SUPPRIMER 20 PASSAGES à NIVEAU.

Laurence van Ruymbeke

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