Le prof, plus seul maître à bord

Pièce maîtresse des évaluations externes, un  » bac à la belge  » sera organisé en fin de primaires. Une bizarrerie dans un avant-projet de décret qui veut améliorer l’enseignement

L’école reste traumatisée par ses médiocres performances épinglées par les enquêtes Pisa (Programme international pour le suivi des acquis). La faute à l’iniquité de notre enseignement, qui tolère plus que d’autres des écarts de performance exorbitants entre les têtes de classe des collèges chics et les élèves en décrochage des écoles ghettos. C’est le résultat d’une longue histoire : le rénové, par exemple, avec sa panoplie d’options, n’a fait qu’accroître l’hétérogénéité des contenus.

Tout cela coûte cher. Mais, bizarrement, il n’y a pas chez nous de tradition de contrôle des acquis. Approuvé en première lecture par le gouvernement de la Communauté française, l’avant-projet de décret sur les évaluations externes entend dès lors remettre un pilote dans l’école. Ainsi, aujourd’hui, les élèves obtiennent des diplômes sur la seule base d’examens organisés par leurs professeurs. Or un enseignant a tendance à  » s’adapter  » à son public. Un enfant peut donc réussir dans une école, alors qu’il aurait échoué dans une autre.

Pour corriger cette distorsion, le gouvernement veut organiser, à partir de 2007, des épreuves standardisées, rédigées par un groupe d’inspecteurs et d’enseignants, pour les apprentissages de base. Elles seront de deux types. Celles qui seront organisées en cours d’année à tous les élèves de 2e et de 5e primaires, ainsi qu’en 2e secondaire n’auront qu’une valeur indicative. Les résultats de ces tests seront diffusés de façon confidentielle afin de permettre aux équipes pédagogiques de rectifier le tir. Des études montrent que les évaluations externes ont un effet positif – quoique modeste – sur l’homogénéisation et l’amélioration des performances scolaires.

L’épreuve en fin de 6e primaire, elle, sera certificative. Elle remplacera l’actuel examen cantonal, interdiocésain ou autre, pour la délivrance du certificat d’études de base (CEB). On perçoit toutefois mal l’intérêt d’imposer une telle épreuve en fin de 6e primaire. Cela entre en contradiction avec le contrat pour l’école qui veut favoriser une continuité jusqu’à la fin de la 2e secondaire, de manière à retarder l’éventuelle  » relégation  » vers le technique ou le professionnel.

Car il ne faut pas se faire d’illusions. L’interdiction de tout classement et de toute publicité des résultats relève du v£u pieux. Le risque de stigmatisation des moins  » bons  » établissements pourrait susciter une réaction de rejet de la part des acteurs de terrain. Enfin, il reste la question de la marge de man£uvre dont disposent les directions pour réduire les écarts dans un système fort verrouillé où elles ne disposent pas de leviers financiers ni guère plus d’autonomie dans la gestion du personnel.

Dorothée Klein

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