Le premier kit de cellules souches

Elles sont issues d’un clonage thérapeutique réussi par une équipe coréenne. Un  » exploit  » qui pourrait être détourné

Elle n’est ni disciple de la secte des raéliens ni cliente du Pr Severino Antinori, le sulfureux gynécologue italien. Et pourtant une Coréenne vient de transformer le fantasme du clonage en réalité. Cette femme, restée anonyme, a donné ses ovules à la science, précisément à des chercheurs de l’Université nationale de Séoul. Lesquels sont parvenus à en tirer un clone possédant exactement le même patrimoine génétique que le sien. Attention ! il est question ici non d’un nourrisson, mais d’un embryon qui n’a jamais quitté l’éprouvette du laboratoire. L’équipe de Woo Suk-hwang l’a détruit à un stade précoce de son développement, à cinq jours environ, pour en extraire les cellules souches et les cultiver. Cette manipulation, très controversée d’un point de vue éthique, a été tentée par une quinzaine d’équipes dans le monde. Les Coréens, qui publient leurs travaux dans le dernier numéro de la revue américaine Science, sont les premiers à la réussir.

Leur sujet d’expérience est ainsi le premier être humain à disposer d’une réserve personnelle de cellules à tout faire. Une sorte de kit de secours, à garder au congélateur en attendant le jour où il servira à réparer un organe défaillant. Cette perspective, certes réjouissante, n’est pour l’instant que théorique. Ce traitement révolutionnaire n’a en effet été testé que chez la sourisà Mais, si l’homme réagissait comme l’animal, les médecins pourraient l’utiliser, par exemple, dans la maladie de Parkinson. Il faudrait d’abord pousser les cellules souches à se différencier en neurones dopaminergiques, ceux qui sont lésés dans cette pathologie. Puis réinjecter ces derniers dans le cerveau.

D’ici là, il faudra de toute façon améliorer la technique du clonage à visée thérapeutique. Car son rendement est dramatiquement faible. Avant d’obtenir sa seule et unique lignée de cellules souches, l’équipe coréenne a vu défiler 16 volontaires et consommé 176 de leurs ovules. Axel Kahn, directeur de l’Institut Cochin, à Paris, peine à imaginer qu' » un dispositif mobilisant tant de moyens devienne une procédure courante en médecine « .

La recette ne demande plus qu’à être perfectionnée. Dans un premier temps, les chercheurs coréens, spécialistes de la médecine vétérinaire, ont essayé la technique mise au point pour les porcs. Puis ils sont passés à celle qui a été brevetée chez les bovins. Mais ils ont introduit une variante à une étape clef, celle du dénoyautage de l’ovule. Le procédé habituel consistait à transpercer celui-ci avec une micropipette en verre, puis à en aspirer la partie centrale. Cette fois, un petit trou a simplement été pratiqué à la surface de l’ovule, qui a ensuite été pressé comme un fruit mûr jusqu’à expulsion du noyau. Cette méthode douce crée, apparemment, moins de dommages que la précédente. Elle est décrite en détail dans l’article de Science. Et le risque est grand que les apprentis sorciers, qui avaient échoué, jusque-là, à faire naître un bébé cloné, y recourent.

Estelle Saget

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