Le phénomène The Musical Box

Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Ce groupe canadien remplit les salles en reprenant les shows de Genesis période Peter Gabriel. Sa version de The Lamb Lies Down on Broadway est passée par Liège, avant d’arriver prochainement au Cirque royal, à Bruxelles

Phil Collins  » est cool : il nous accompagne au bar du coin, en toute simplicité, fringué d’une casquette de paysan suisse et d’un sweat-shirt bariolé. Lorsqu’il dit  » Quand je ne suis pas dans le groupe, je gagne ma vie en enseignant dans une école secondaire de Montréal, en faisant des bals, des clubs ou des mariages « , le doute se confirme sur son identité réelle. Bien évidemment, Martin Levac, 34 ans, joue et parle, sourit et bouge comme le vrai batteur de Genesis, mais son  » job « , c’est de faire le Collins dans une réincarnation  » génésisienne  » baptisée The Musical Box, amenée en Belgique par Francis Géron, du Spirit of 66 de Verviers ( lire l’encadré).

Ce groupe de Montréal a passé les douze dernières années à retracer les prestations scéniques de Genesis de la période 1972-1975, faisant trois shows décalqués au millimètre sur les originaux, Foxtrot, Selling England by the Pound et The Lamb Lies Down on Broadway.  » Nous ne sommes pas un tribute band, un groupe qui rend hommage. The Musical Box est trop religieux pour cela.  » Martin/Phil rigole doucement dans sa barbe.  » On est comme le Philharmonique de Londres lorsqu’il joue Mozart : fidèle à la partition. Il s’agit avant tout de se mettre dans la peau du personnage, dans ses manières, et il m’arrive de devoir changer ma voix pour pouvoir reproduire les intonations, y compris l’accent britannique de Collins.  » En scène, Martin/Phil est sans aucun doute le centre nerveux du groupe, rejouant au quart de ton les martèlements originaux. Il ne renâcle ni devant l’énergie dépensée ni devant la plaisanterie : au contraire de  » Peter Gabriel « , personnifié avec un peu de rigidité par Denis Gagné bien qu’il chante, bouge et parle (plus ou moins) comme Gabriel. Il lui manque le charisme du chanteur. D’où cette impression furtive d’assister parfois à une personnification abusive.

A sa décharge, The Lamb Lies Down on Broadway, double album sorti en novembre 1974, est une longue chose conceptuelle qui contient quelques morceaux de bravoure ( Carpet Crawl, Counting out Time, Back in N.Y.C.) et pas mal de trémoussements prog-rock qui n’ont pas eu l’élégance de bien vieillir. Ce sont les rappels ( The Musical Box et Watcher of the Skies) qui chauffent vraiment l’audience du Forum de Liège. A vrai dire, ni Martin/Phil ni Denis/Peter ne semblent très amoureux de ce disque-là :  » Denis commence à être fatigué de ce job : après la prochaine tournée 2007 où l’on reprendra Selling by the Pound une dernière fois, il va tirer sa révérence.  » Les genesisophiles du monde entier risquent de verser une larme sur une initiative qui draine un vrai public international : ainsi, la tournée de The Lamb de 2005 a rassemblé 76 000 spectateurs sur 64 concerts – dont 20 complets – dans 43 villes et 9 pays ! Les consommateurs sont soit de (vieux) fans nostalgiques, soit de nouveaux adeptes : la plupart semblent bluffés par la qualité de la reproduction. Des instruments d’époque aux projections dias, le travail  » historique  » effectué par le directeur artistique de The Musical Box, Serge Morissette, est impressionnant :  » Il n’existe aucune image de captation de The Lamb. Serge s’est donc débrouillé pour rassembler des petits films super-8 et des bouts d’enregistrement audio réalisés par des fans du monde entier pendant les concerts de l’époque. Il a reconstitué un puzzle qui nous a servi de base de travail.  » Peter Gabriel est venu à un concert à Bristol et Phil Collins a même rejoint le groupe lors d’une prestation suisse. C’est dire le pouvoir de l’illusion rock…

The Musical Box joue The Lamb Lies Down on Broadway le 12 février au Cirque royal de Bruxelles. Tél. : 02 218 20 15.

Philippe Cornet

Partner Content