Le phénix du centre-ville

Des commerces en cour de ville ragaillardis par un centre commercial en périphérie, des investissements privés initiés par la Ville et de grandes enseignes qui signent leur retour. Petit tour d’horizon d’un commerce montois revitalisé.

Dans le courant des années 1990, le tissu commercial de Mons avait dû faire face à un double écueil : un désintérêt des investissements d’enseignes internationales et une disparition progressive des cellules de commerces indépendants de qualité dans le centre de Mons. L’ouverture hypothétique, sans cesse reportée, d’un centre commercial à construire derrière la gare avait également eu, par un effet d’attente, un impact négatif sur les commerces du centre-ville.

Face à cette situation, les autorités communales avaient finalement opté pour le choix présenté par le promoteur Foruminvest (Patric Huon) : établir un centre commercial de 35 000 m2 en lisière de ville, sur le site des Grands Prés et créant par ailleurs 900 emplois.  » Avec ou sans centre commercial en périphérie, le commerce en centre-ville était en déliquescence « , explique Nicolas Martin (PS), échevin du Développement économique.  » Il a donc fallu faire un pari, de notre côté comme de celui des investisseurs. Avec les Grands Prés, ce pari fut d’élargir la zone de chalandise et d’attractivité de la ville pour permettre, outre le gain en termes d’emplois et d’investissements par des enseignes internationales, des retombées bénéfiques pour le centre-ville. Le collège d’alors a fait le choix d’attirer une clientèle issue de zones de chalandise plus éloignées, qui apprécient grandement l’ambiance agréable du centre-ville. Ce que ne peuvent offrir d’autres villes en Wallonie.  » Un pari plutôt réussi, eu égard à la fréquentation actuelle de ce centre commercial, qui flirte avec les 5 millions de visiteurs annuels.

Au-delà de la réussite commerciale, même la réalisation esthétique semble convaincre aujourd’hui le bourgmestre :  » Au niveau de sa qualité architecturale, les Grands Prés n’ont pas d’équivalent en Belgique « , déclare tout de go Elio Di Rupo, sans le moindre chauvinisme… L’affaire semble également avoir été profitable au promoteur Foruminvest car elle lui a permis de réaliser une plus-value substantielle en revendant le complexe au fonds immobilier allemand Union Investment (ex-Difa).

Fonds privés cadrés par le public

Avec les Grands Prés comme courroie de transmission et grâce à son potentiel enfin revalorisé, le centre-ville semble renaître de ses cendres. Une revitalisation épaulée par la création de trois sociétés – deux patrimoniales et une société de financement – capitalisées par Foruminvest et Redevco, propriétaire des murs des enseignes Carrefour et GB en Belgique. Il s’agit de fonds d’investissement privés, l’un destiné au soutien financier des investisseurs commerciaux ( » Mons Appui « , qui apporte un complément de crédit de l’ordre de 25 000 euros à des projets de commerces qui se différencient de ceux des Grands Prés), les deux autres étant destinés à investir dans le bâti existant ( » Mons Rénovation  » et  » Mons Revitalisation « ).

Certaines petites artères délabrées ont ainsi été choisies pour y rénover des bâtiments soit remis sur le marché à disposition de candidats commerçants, soit transformés en logements. C’est le cas de la rue de la Clé, à proximité de la Grand-Place, où une série de bâtiments sont actuellement en chantier.

Autre exemple de la concentration des moyens sur le centre-ville : le bâtiment loué par H&M – principale locomotive du piétonnier – a été racheté par Redevco. Une opération immobilière qui a permis à l’enseigne textile de s’y maintenir et s’y étendre, chose qui semblait difficilement réalisable au vu de la politique de l’ancien propriétaire.

Le grand retour des grandes enseignes

Avec une proportion (mix commercial) de 22 % pour le secteur Horeca et de 21 % pour l’équipement de la personne, le centre de Mons comptait 742 commerces actifs en décembre 2008, selon le relevé de la Gestion Centre-Ville (GCV), avec un gain de 43 unités sur l’ensemble de l’année (97 ouvertures et 54 fermetures). Durant le premier trimestre 2009, et malgré la conjoncture peu porteuse, 45 nouveaux commerces indépendants y ont vu le jour. Dans des secteurs aussi variés que la maroquinerie, la bijouterie, la petite restauration, la chaussure, le prêt-à-porter ou encore l’informatique.

Si la crise frappe bon nombre de commerces existants, il semblerait qu’elle n’ait pas altéré l’optimisme des nouveaux venus. Mais l’aspect le plus étonnant réside dans le retour de marques internationales dans le piétonnier. Le mouvement a commencé par l’arrivée, en l’espace d’un an, d’enseignes de gamme moyenne comme Promod ou Bershka pour se poursuivre par celle de Media Saturn (Media Markt haut de gamme) – avec un investissement de 18 millions d’euros dans l’ancien bâtiment des Galeries Anspach dont l’occupation était devenue précaire.  » Avec un potentiel de plusieurs milliers de visiteurs chaque semaine et la création de 80 à 90 emplois, cet investissement majeur constitue à lui seul un symbole du renouveau du centre-ville, qui vient couronner la reprise constatée ces derniers mois « , se réjouit Nicolas Martin. Concernant le développement commercial en périphérie, les nouvelles se font aussi encourageantes avec le redéploiement du centre commercial arrimé au Brico de Ghlin, l’ouverture en 2010 d’un magasin Décathlon dans le zoning de Cuesmes – avec un potentiel de 80 emplois – et l’ouverture d’un centre commercial de proximité à Maisières, prévu pour l’été 2010 (une centaine d’emplois à la clé). Sans oublier l’investissement de Redevco dans la rénovation des centres commerciaux de taille moyenne situés avenues Wilson et Foch à Jemappes.

Reste le cas d’Ikea dont l’objectif est de s’implanter sur le site des Grands Prés, avec une projection de 2 millions de visiteurs par an. Un dossier que la Ville tient à finaliser pour son double enjeu : assurer des emplois non qualifiés (350 environ) et étendre la zone de chalandise du pôle commercial.

Un schéma pour voir clair

Pour faire face à la demande croissante d’implantations commerciales, la Ville est en train de se doter d’un schéma de développement commercial – réalisé par le bureau d’études Geo Consulting implanté à Mons. Objectif : identifier les secteurs d’activités sous-représentés et jauger plus objectivement, outils à l’appui, les projets introduits par les investisseurs pour l’octroi des permis socio-économiques.  » Dans le domaine des grandes surfaces alimentaires, commente Nicolas Martin, on a ainsi pu constater que l’offre n’était pas saturée dans certaines zones, comme à Saint-Symphorien ou Havré. « 

Cet outil comporte aussi un volet Internet d’aide aux investisseurs qui leur fournira une série d’informations susceptibles de les aider dans leur choix d’implantation dans le grand Mons.  » Les investisseurs y trouveront une cartographie des cellules commerciales de la ville avec toutes les données afférentes comme la superficie, le mix commercial du quartier ou encore le flux de chalandise « , précise Nicolas Martin. Ce schéma sera dévoilé le 27 octobre. A suivre donc.

S.D. et Ph.C.

Les enseignes internationales reviennent dans le piétonnier

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