Le pari de la tête haute

Pour assurer son redressement économique, la Wallonie mise sur la recherche et l’innovation. Bruxelles, sur son statut de capitale. Mais toutes deux ont le même objectif : l’emploi !

Difficile de dresser un portrait idyllique de la Wallonie économique alors que la Région se bat depuis des décennies pour tenter de redresser la tête. Son taux de chômage frise toujours les 18 % et son produit intérieur brut n’atteint que 84 % du produit intérieur brut (PIB) moyen européen. Les responsables politiques promoteurs du récent plan Marshall, censé doper l’économie au sud du pays, ont de sérieux défis à relever.

Mais la Wallonie n’est pourtant pas un désert ! En pleine reconversion après l’extinction lente de la sidérurgie lourde, elle dispose d’indéniables atouts, notamment dans le domaine de la recherche. Avec des universités importantes sur ses terres à Liège, Namur, Mons et Louvain-la-Neuve, elle doit résolument miser sur l’innovation pour rattraper le train de la croissance économique.

Ce qu’elle fait. Dans trois domaines au moins, souligne le rapport annuel de l’Union wallonne des entreprises (UWE), publié en juin dernier, la Région wallonne affiche des scores supérieurs à la moyenne européenne : l’investissement privé dans la recherche, la part de la population active disposant d’un diplôme de l’enseignement supérieur et le nombre de demandes de brevets par habitant.

La preuve du dynamisme de la recherche ? Le nombre de spin-off universitaires qui ont vu le jour au cours des deux dernières décennies. On en compte plus de 80 en Région wallonne, dont certaines, comme Eurogentec à Liège, Iris et IBA à Louvain-la-Neuve, remportent d’incontestables succès. Le Brabant wallon, considéré comme le nouveau moteur du développement régional, profite notamment de la présence de l’université de Louvain-la-Neuve pour attirer de nombreuses entreprises désireuses de créer des passerelles entre les laboratoires universitaires et l’application de leurs résultats en entreprise.

Lentement mais sûrement, la Wallonie tourne donc le dos aux industries du passé. Aujourd’hui, 71 % de ses emplois sont concentrés dans les services. Et, sur les 27 % d’actifs encore employés dans l’industrie, près d’un quart travaillent dans le secteur chimique et pharmaceutique (UCB, GlaxoSmithKline, etc.).

Si la Région est une terre de PME, le poids des grandes entreprises y reste important en matière d’activités et d’emplois. Selon le dernier rapport de l’UWE, les entreprises de plus de 250 personnes représentent toujours plus de 130 000 emplois directs sur les 500 000 salariés du secteur privé recensés en Wallonie.

Le prochain défi sera de faire redémarrer les deux grands bastions économiques que sont Charleroi et Liège. Ensemble, ils concentrent 30 % du PIB, mais font preuve d’un moins grand dynamisme que la moyenne régionale. Ils ont notamment de belles cartes à jouer dans les secteurs de l’aéronautique, du spatial et des biotechnologies, Les deux villes concentrent l’essentiel de l’activité de ces secteurs en plein développement. Avec des locomotives comme Techspace Aéro (Liège), Sonaca et Sabca (Charleroi), l’aéronautique wallonne représente 5 000 emplois directs dans 55 firmes et 2 500 emplois indirects. Quant au secteur spatial, il regroupe 22 entreprises et 2 500 emplois. En croissance importante également, le secteur des biotechnologies grandit autour des pôles constitués par l’université de Liège et le site de l’Université libre de Bruxelles, à Charleroi. Il emploie plus de 5 500 personnes et affiche un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros.

Bruxelles, elle, ne souffre pas des mêmes maux. Essentiellement parce que l’Union européenne, en y établissant une bonne partie de ses quartiers, lui insuffle une puissance économique indéniable, quoi qu’en pensent les opposants à cette alliance à Vingt-Cinq. Toutefois, pour l’instant,  » la situation économique n’est pas particulièrement encourageante, résume Pierre Thonon, secrétaire général de l’Union des entreprises de Bruxelles. La moitié des entreprises y sont en difficulté « . Réplique en miniature de l’économie du pays, la capitale ne vit pas les heures les plus roses de son histoire.

Ce ne sont pas les entreprises nationales ou internationales, qui ont choisi d’y installer leur siège pour d’évidentes raisons stratégiques, qui souffrent le plus. Ni les PME qui travaillent en sous-traitance pour les grands. Ce sont les plus petites sociétés qui s’appuient sur une clientèle de proximité. La confiance des consommateurs est en baisse et la situation sur le front de l’emploi, qui reste le problème majeur à Bruxelles, ne fait rien pour arranger les choses.

Ah, l’emploi ! Avec un taux de chômage de 20,2 %, la capitale enregistre le moins bon résultat des trois Régions du pays. Certes, la discrimination à l’embauche explique en partie le phénomène. Mais pas totalement. Car les demandeurs d’emploi bruxellois souffrent d’abord d’un manque de qualifications. Il y a un décalage évident entre les demandes des entreprises qui cherchent à recruter et le profil des candidats disponibles… L’effort doit donc porter sur la formation, mais cela prend du temps.

Autre handicap de poids dans la capitale : la fiscalité, plus lourde que dans les autres Régions du pays. Le cercle est vicieux : la Région de Bruxelles-Capitale a besoin de recettes et dispose de trop peu de contribuables, particuliers et entreprises, pour lui en assurer à suffisance.  » Les entreprises subissent un cumul de taxes désordonnées et diverses, explique Pierre Thonon. On taxe tout ce qui peut l’être, au niveau régional ou communal : les surfaces de bureaux, les emplacements de parking, les écrans d’ordinateur…  » C’est l’une des explications au départ de nombre de sociétés qui quittent la capitale pour s’installer ailleurs. L’autre, c’est la difficulté de se déplacer dans une ville dont les artères sont de plus en plus bouchées, du fait de la circulation, bien sûr, mais aussi en raison des plans de  » circulation  » mis en place par les communes. Le bonheur des uns… l

F. Villers et L. van Ruymbeke

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