Le logement sous la loupe

Nombre de salles de bains, superficie et âge des maisons, importance des garages… Les premiers résultats de l’enquête socio-économique 2001 passent au crible le paysage du logement en Belgique. Tendances

Implacable logique des chiffres… Tandis que la taille moyenne des ménages diminue -chaque logement abrite désormais 2,39 habitants, contre 2,53 en 1991-, celle des maisons, appartements et autres studios est, elle aussi, en recul. Sur 100 logis, 55 affichent aujourd’hui une surface de moins de 85 m2, 22 mesurent entre 85 et 104 m2 et 23 sont plus spacieux encore. En 1991, ces chiffres s’établissaient respectivement à 53, 20 et 27. Dans les grandes villes (Bruxelles, Gand, Liège, Anvers et Charleroi), 2 foyers sur 3 présentent une surface habitable inférieure à 85 m2. « Plutôt qu’une diminution qualitative, il faut y voir la conséquence de la réduction constante de la taille des ménages, explique-t-on à l’Institut national de statistique (INS). » L’augmentation du prix du mètre carré n’est peut-être pas pour rien non plus dans cette évolution…

La « bible » n’en dit mot. La bible, c’est l’enquête socio-économique générale, organisée à l’automne 2001 auprès des 10,3 millions d’habitants du pays. Version moderne du recensement, ce gigantesque sondage -le dernier du genre puisqu’à l’avenir toutes les informations qu’il contient seront collectées auprès des banques de données existantes ou à créer et constamment remises à jour – avait provoqué bien des remous lors de son lancement, suscitant notamment l’ire des défenseurs de la confidentialité des données personnelles.

Les esprits apaisés, l’enquête est désormais bouclée. Avec un taux de réponse de 96,9%, elle constitue une source précieuse de renseignements de toutes sortes, où les autorités politiques, les scientifiques, les entreprises et les particuliers ne manqueront pas d’aller s’abreuver.

Ainsi, par exemple, en matière de logement. De logements privés, le pays n’en manque pas: on en compte 4,24 millions, soit 7,5% de plus qu’en 1991. Trois maisons sur quatre sont des unifamiliales, surtout en province. A Bruxelles, à peine plus d’un quart des logements sont unifamiliaux. Assez logiquement, c’est dans les grandes villes, dont la capitale, que l’on rencontre le plus de gens vivant dans des immeubles de plus de 10 appartements. Au total, un peu plus de 300000 personnes habitent de tels bâtiments. Quelques milliers d’autres vivent dans des logis qualifiés d’exigus: le pays compte 430000 habitations de 1 ou 2 pièces.

Si, dans 68% des cas (65,4% il y a dix ans), les propriétaires occupent leur propre bien, le propos ne se vérifie, à Bruxelles, que dans 4 cas sur 10. « L’accès à la propriété reste manifestement un réflexe, en Belgique, souligne Charles Picqué, le ministre de l’Economie et de la Politique des grandes villes. A Bruxelles, l’augmentation des prix de l’immobilier explique sans doute partiellement le mouvement d’exode de certaines populations vers l’extérieur de la capitale. »

A Bruxelles toujours, on recense aussi nettement plus de locataires qu’en province. Les loyers dont ils doivent s’acquitter sont plus élevés qu’ailleurs. En moyenne, un logement sur 5 seulement se loue pour moins de 248 euros par mois dans la capitale. « La question des loyers est plus préoccupante à Bruxelles qu’en province, constate Charles Picqué. Cela prouve la nécessité de mettre en place des mesures spécifiques pour résoudre ce problème. » Dans l’ensemble du pays, 87% des logements loués le sont pour moins de 496 euros par mois.

Seuls 20% des habitants du pays vivent dans une habitation construite au cours des vingt dernières années. C’est en communauté germanophone et en Flandre que l’on trouve le parc de logements les plus récents: une demeure sur 4 y est sortie de terre il y a moins de vingt ans.

En dix ans, le confort s’est manifestement amélioré sous les toits: alors qu’en 1991, 61% des maisons goûtaient aux joies du chauffage central, les trois quarts des logis environ en sont désormais équipés. La Communauté germanophone et Bruxelles sont en tête de peloton, à cet égard. Autre nouveauté: le gaz naturel l’emporte désormais d’une courte tête, devant le mazout. Le charbon, en revanche, est tombé dans les oubliettes de l’histoire énergétique: seuls 2,2% des logements sont encore chauffés de cette manière, alors que c’était le cas de près de 10% d’entre eux en 1991. C’est à Charleroi que le chauffage au charbon reste le plus courant. L’électricité progresse d’un point, à 7,2% tandis que les autres sources d’énergie (bois, énergie solaire…) régressent dans la même proportion, à 3%. Un peu plus de 7 logements sur 10 disposent de fenêtres à double vitrage. A Liège, la proportion n’est que de 57%.

Côté confort encore, les toilettes installées au fond de la cour se font de plus en plus rares: ce n’est plus le cas que pour quelque 3% des foyers alors qu’ils étaient encore 8% en 1991. Dans la même vague, les lieux de vie dépourvus de salles de bains deviennent l’exception (4,2%). Il y a dix ans, 11,6% des logements n’en étaient pas équipés. « La présence d’une salle de bains passe désormais pour un élément de confort minimum », explique l’INS.

L’enquête socio-économique confirme encore, si besoin était, la place de plus en plus importante qu’occupe la voiture… y compris au sens propre. Trois résidences sur 5 comportent un garage ou un emplacement privé pour la voiture. C’est en Flandre (70%) que les conducteurs sont le plus attentifs à abriter correctement leur véhicule. Sur l’ensemble du territoire, 75% des habitants possèdent une automobile. Ce pourcentage est légèrement supérieur à la proportion des logements avec jardin (72,9%). A Bruxelles, un tiers des foyers seulement sont pourvus de jardin, soit 5% de plus qu’en 1991. A Charleroi, on en trouve 2 fois plus.

Globalement, 8 ménages sur 10 se disent satisfaits de l’état de leur logement. Les autres considèrent que leur domicile nécessite des réparations, en particulier à Bruxelles et dans les grandes villes wallonnes. C’est également à Liège et à Charleroi que les habitants sont le plus mécontents de la qualité de leur environnement (tranquillité, propreté, qualité de l’air) et des équipements mis à leur disposition (espaces verts, écoles, centres de loisirs, pistes cyclables, etc.).

« L’enquête socio-économique confirme, bien sûr, certaines tendances qui étaient déjà connues, souligne Charles Picqué. Elle n’en révèle pas moins certaines surprises, comme l’importance des appartements meublés (7%), symptomatique de la volatilité de certains habitants, l’incontestable amélioration du confort en général ou le fossé technologique qui se creuse entre ceux qui disposent d’un accès à Internet et les autres. »

Les résultats de l’enquête socio-économique seront communiqués par vagues, dès qu’ils seront disponibles, jusqu’en 2004. De quoi occuper, dès aujourd’hui, les esprits de ceux qui seront chargés d’élaborer les politiques de demain.

Laurence van Ruymbeke

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