Le haché, de toutes les façons

Après avoir perdu son emploi, Claude a vu sa vie déraper dans le surendettement. Sa famille, qui compte six enfants, survit avec 5 euros par jour et par personne.

Posée à côté de la porte de leur maison, une grenouille sourit, imperméable au temps qu’il fait et au temps qui court. A l’intérieur, Claude, 43 ans, Francine, 38 ans, et leurs six enfants décomptent les jours : le 11 novembre prochain, le plan de remboursement de leurs dettes viendra à échéance. Depuis huit ans, ils remboursent chaque mois, miette par miette, leurs 27 créanciers.

Longtemps, Claude a eu un travail : menuisier de formation, spécialisé dans les cloisons et faux plafonds, il gagnait suffisamment sa vie pour nourrir sa famille. Lorsque son employeur fait faillite, la vie de Claude part en vrille. Contraint de revendre sa maison pour apurer une partie de sa dette, il se retrouve en quelques semaines sans emploi et sans revenus, dans un logement social construit au milieu de presque nulle part, non loin de Soignies. Ses créanciers l’attendent à tous les tournants. Le CPAS prend alors le relais pour gérer ses revenus, soit 938 euros par mois, augmentés du montant des allocations familiales. Une fois les inévitables frais fixes payés et les créanciers remboursés à hauteur de 45 euros par mois, il reste à Claude et à sa famille quelque 5 euros par jour et par personne pour vivre.

Il y a cinq ans, le tribunal a accepté leur dossier de règlement de dette et fixé cette date qui, malgré son goût d’automne, ressemble à un phare : jusqu’au 11 novembre, Claude remboursera ses créanciers. Et ensuite ?  » Mon argent restera géré par le médiateur, détaille-t-il. Comme ça, je suis tranquille. « 

Claude, Francine et leurs six enfants mangent à leur faim. Point. Au menu, le plus souvent, des pâtes ou des pommes de terre. Agrémentées de saucisses, ou de haché, ou de boulettes. Au choix, si l’on peut dire. Toutes les deux semaines, l’ONE (Office de la naissance et de l’enfance) leur apporte du lait en poudre pour leur fillette de 7 mois. De temps à autre, ils reçoivent aussi un colis de la Croix-Rouge. Pour habiller la tribu, Francine et Claude écument le marché de l’abattoir d’Anderlecht.

Il y a un Resto du c£ur non loin de chez eux, mais ils ont trop honte pour s’y rendre.  » On a fait des bêtises, maintenant, il est normal qu’on les paie « , murmure Francine. Les ennuis, elle les a vu venir, dit-elle. Mais il était déjà trop tard.  » Une fois qu’on plonge, c’est un gouffre sans fond. « 

Tandis que Francine cherche vainement à revendre à bon prix sa collection de distributeurs de bonbons sur e-Bay, Claude se met en quête d’un nouvel emploi. Dans ce Hainaut blessé, il n’en trouve pas.  » Il y a des gens pour qui c’est pire que nous « , répète-t-il. Il y a quelques jours, le facteur a glissé dans sa boîte aux lettres un courrier lui proposant un nouveau crédit…

L.V.R.

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