Le grand écart de Google

Vincent Genot
Vincent Genot Rédacteur en chef adjoint Newsroom

Défenseur acharné de la vie privée de ses utilisateurs américains, Google se montre moins regardant en Chine où il vient d’accepter de censurer son moteur de recherche

Droit de l’homme « ,  » Tibet « ,  » falungong  » ou  » démocratie  » n’évoquent rien à la nouvelle version chinoise du moteur de recherche Google. Pas le moindre petit frétillement dans les liens, aucune adresse ne semble trouver grâce à ses yeux. Et pour cause ! Le géant américain de l’Internet a fait savoir que, pour pouvoir travailler dans le Céleste Empire, il avait,  » en application avec la législation et la réglementation locale, retiré certains contenus des résultats de recherches obtenus sur Google.cn « . En termes moins diplomatiques, Google se censure et accepte de verrouiller l’accès à des sites interdits par les autorités.

On a pourtant connu la société californienne moins souple avec d’autres pays dans lesquels elle dispose d’une version locale de son site. Ainsi, il y a trois semaines à peine, Google (la marque la plus influente de la planète, selon un sondage de la firme Interbrand) a refusé de donner suite aux requêtes du département américain de la Justice lui demandant de fournir la liste de certains sites (pédophiles) visités depuis son moteur de recherche.

Yahoo ! et Microsoft aussi

Pour l’association Reporters sans frontières (RSF), la position de Google sur le respect de la confidentialité des internautes américains apparaît comme un  » comble d’hypocrisie à la lumière de sa stratégie chinoise « . Dans un communiqué, Google a fait savoir que  » si filtrer l’information va à l’encontre de ses principes, il serait bien pire de ne pas fournir d’information du tout aux internautes chinois « . D’autant que MSN et Yahoo ! n’ont jamais eu de scrupule en la matière. Selon RSF, Yahoo ! collabore depuis trois ans déjà avec les services de censure locaux. Google, Microsoft et Yahoo ! vont d’ailleurs faire l’objet d’une enquête menée par un comité du Congrès américain sur la

censure de

leurs services Internet en Chine. En attendant, l’internaute chinois pourra toujours trouver ses informations en utilisant des méta-moteurs. En sous-traitant leurs requêtes vers plusieurs sites de recherche, ceux-ci empêchent l’identification de l’utilisateur.

Loin de son image d’entreprise éthique et cool, Google joue sans état d’âmes la carte du business dans le dossier chinois. Alors qu’aux Etats-Unis l’entreprise sait qu’elle doit tenir compte de l’avis des utilisateurs – un récent sondage montre que 40 % des utilisateurs quitteraient Google s’ils avaient la preuve que leurs recherches en ligne ne restent pas anonymes -, elle n’oublie pas qu’il lui faut absolument entrer dans les bonnes grâces du pouvoir chinois pour espérer percer dans un marché où la barre des 111 millions d’internautes vient d’être dépassée. Quitte, par la suite, à modifier sa politique de collaboration avec les autorités de Pékin. Sur Google, le mot pragmatique donne 3 millions de résultats et moi, et moi, et moi. J’y pense et puis j’oublie…

Vincent Genot

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