Le G 8 de toutes les peurs

Qu’ils apparaissaient vulnérables ou craintifs, ces puissants de la planète retranchés, du 8 au 10 juin, dans leur forteresse océane de Sea Island, au large de l’Etat américain de Géorgie ! Sous très haute protection, ils étaient venus de Tokyo, Washington, Paris, Moscou ou encore Madrid pour feindre de décider de l’avenir de ce monde imprévisible. Et tenter, sans illusions, de le rendre un peu moins injuste, un peu moins dangereux. Car, derrière les sourires forcés des photos officielles et les déclarations alambiquées à propos de tel ou tel  » objectif louable « , c’est la peur qui, à ce G 8 version 2004, s’était invitée comme neuvième partenaire.

Non la peur des pauvres manifestants altermondialistes, mais celle, beaucoup plus redoutable, du terrorisme et du  » choc des civilisations « . Pour ajouter aux affres de ce club de nantis, une demi-douzaine de chefs d’Etat et de gouvernement africains étaient là, de même qu’une délégation de souverains et de présidents arabes venus rappeler l’urgence de les aider à enrayer la montée du fondamentalisme islamiste. D’initiatives audacieuses il n’y eut point sur les sables dorés de Sea Island. Mais, dopé par le vote unanime, au Conseil de sécurité de l’ONU, de la résolution sur le transfert de souveraineté en Irak, George W. Bush a pu se féliciter du travail accompli. Superstar de ce G 8 en trompe l’£il, il a réussi notamment à sauver les apparences de son plan de réforme du  » Grand Moyen-Orient « . En échange, de sa part, de quelques formules opportunes sur la nécessité d’un  » partenariat  » reposant sur une  » véritable coopération  » avec les dirigeants de la région ou sur la recherche d’un  » règlement juste  » du conflit israélo-arabe avec deux Etats : Israël et un Etat palestinien  » viable, démocratique et souverain « à

Dans le même temps, la proposition, réaliste, de Jacques Chirac d’associer la Chine, qui représente le quart de l’humanité, aux travaux du G 8 ou celle, également du président français, de créer une taxe internationale pour aider au financement du développement des pays pauvres passèrent presque inaperçues dans cette agora. Bref, on était encore loin, à Sea Island, de construire cet  » ordre différent  » qu’appelle de ses v£ux le commissaire européen chargé du Commerce extérieur, Pascal Lamy, afin que  » la balance des chances et des risques  » ait quelque raison de pencher  » dans le bon sens  » !

Alain Louyot

George W. Bush, superstar d’un sommet où les spectres d’un monde dangereux ont joué les premiers rôles

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