Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Il y a vingt ans, le disk-jockey amusait les foules ; il parlait entre les morceaux. L’avènement de la musique électronique, dans les années 1980, a tout changé. Les clubs et les raves ont prospéré et les DJ ont commencé à être starisés, jusqu’à décrocher, pour les plus fameux d’entre eux, des cachets de 20 000 dollars û plus un ticket en première et un hôtel cinq étoiles û pour un set de trois heures dans un club ! Je n’en suis pas là ( rires) mais, depuis quatre ans, avec mon comparse Kid Crème, on a joué partout dans le monde et on refuse beaucoup de soirées.  »

Né en 1971, près de Bari (Italie), Vito Lucente, alias Junior Jack, suit ses parents à Bruxelles, en 1986. Très vite, il plonge dans la musique et, à 18 ans, devient coproducteur des disques de Benny B. Trois millions de singles et d’albums plus tard, le jeune Vito est déjà en mesure d’offrir une maison à ses parents.

L’Italien de Bruxelles prouve non seulement que l’époque du  » disk-jockey  » remonte à la préhistoire, mais que le métier de DJ est actuellement une véritable petite entreprise qui ne connaît pas encore la crise. Entre une soirée en Afrique du Sud et une autre en Floride, Junior apparaît d’ailleurs aujourd’hui comme l’un des talents novateurs de la scène internationale. En effet, vite  » fatigué des produits bidon « , il a lancé, à 18 ans, son propre label, Noise Traxx, créateur d’une house de qualité qui squatte les charts internationaux spécialisés.  » A partir de My Feeling, devenu une sorte de classique, j’ai eu énormément de demandes en tant que DJ. Ce week-end, j’étais à Venise, et je pars dans quelques jours aux Dance Awards, à Miami, à la même affiche que Jennifer Lopez et Madonna.  »

Il y a vingt ans, ce genre de récompense n’existait pas, et le DJ n’aurait jamais été considéré comme  » artiste « . Aujourd’hui, avec la prolifération des musiques électroniques, toute une génération fréquente les clubs et choisit des endroits destinés aux fêtes plus ou moins autorisées : les raves. La fonction du DJ s’est diversifiée : il anime toujours des soirées, mais réalise également des remix de morceaux (15 000 dollars pour le remix d’un groupe connu) et va jusqu’à enregistrer sa propre musique. Parfois, il possède une aura semblable à celle d’une star du rock ou du cinéma : le symbole de la réussite sociale et financière.

Fils de marbrier, autodidacte forcené, Vito/Junior Jack est, à l’âge de 32 ans, désormais à la tête d’un label (distribué par Pias) reconnu partout dans le monde, sauf… en Belgique. Si le salaire annuel de Junior Jack est celui d’un respectable PDG, sa priorité n’en reste pas moins de créer son propre style. D’ici à septembre, avec son épouse (rencontrée dans un club à Londres), J.J. va s’installer à Miami :  » Par envie d’élargir ma culture qui est plus funky, plus groove qu’ici, et de vivre au soleil. L’idée est d’y rester deux ou trois ans.  »

En septembre, J.J. sortira son premier album, Trust It, enregistré en grande partie dans son home-studio. Difficile de dire si le succès sera aussi massif que pour toutes ces compilations de DJ ( Buddah Bar, Hôtel Coste…) qui se vendent jusque dans les hypermarchés. Dans un milieu où certains DJ stars demandent deux ou trois grammes de coke comme bonus au salaire, Vito ne boit pas d’alcool et ne prend pas de drogue :  » En Angleterre, les gens viennent déposer des ecstasys pour nous à côté des platines, mais je ne crois pas qu’il faille insister sur cet aspect-là des choses, parce que notre musique a déjà la réputation d’être une musique de fou.  »

D’une certaine façon, les actuels DJ renouent avec la flamboyance d’antan, lorsque Alan Freed inventait le terme  » rock’n’roll « , ou que Wolfman Jack poussait ses hurlements de loup sur les ondes californiennes : ils avaient le pouvoir de faire ou de défaire un succès. On pensait les DJ enterrés avec les années 1970 mais, dans les années 1980, grâce à des clubs prestigieux comme le Studio 54 à New York ou le Palace à Paris, ils sont redevenus les baromètres de la mode. Personne ne pouvait prédire un tel succès.  » Aujourd’hui, il y a un petit creux dans les ventes de disques, précise Junior Jack, mais les gens auront toujours besoin de danser. Cela ne s’arrêtera pas…  »

Philippe Cornet

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