Le cour entre Couture et Bruxelles

Implantés au château d’Aywiers depuis plus de 140 ans, les Limauge entretiennent, comme de nombreux Brabançons, une étroite relation avec la capitale. Pour autant, jamais ils ne songeraient à vivre ailleurs…

Décembre 1865 : Maximilien Willame acquiert, pour 86 400 francs, le château d’Aywiers, bâti au xviiie siècle sur les bords de la Lasne, à Couture Saint-Germain. Les lieux retrouvent un peu de sérénité : d’abord parce qu’en quelques années, près de dix propriétaires s’y sont succédé. Ensuite parce que l’abbaye cistercienne, construite en 1215 sur le domaine de l’actuel château, avait souffert du souffle révolutionnaire venu de France, qui avait rasé de nombreux bâtiments religieux. Les briques de l’abbaye servirent d’ailleurs à la construction de nouveaux édifices dénués de tout caractère religieux.

A la génération suivante, Jules Willame, fils de Maximilien et président du Conseil provincial du Brabant, transmit la propriété à sa nièce Berthe Dansaert, épouse de Henri Limauge. Quelque 140 ans plus tard, l’histoire nouée entre Aywiers et les Limauge perdure.

 » La réalité familiale dépasse souvent les frontières politiques et administratives. Mais notre histoire est indissociable de cet ancrage local, raconte Alain Limauge, actuel propriétaire du château. Couture Saint-Germain est notre village. Ces racines vont néanmoins de pair avec le rôle primordial joué par Bruxelles dans l’évolution de notre famille : beaucoup de nos ancêtres viennent en effet de la capitale.  » Bruxelles reste bien le pôle économique et intellectuel majeur de toutes les familles brabançonnes actives dans les affaires. De père en fils, les Limauge jonglent avec Aywiers et Bruxelles : leur habitat et leur lieu de travail, la douce nature du Brabant wallon et la fébrilité urbaine.

Attiré par la proximité de Couture Saint-Germain avec Bruxelles et par la beauté des lieux, Maximilien Willame a aussi acheté ce domaine, au xixe siècle, pour ses richesses agricoles. L’homme exploitera en effet de nombreuses terres aux alentours. Son fils Jules sera, quant à lui, très proche des fondateurs du Parti Libéral, première véritable formation politique belge à voir le jour, en 1846.  » On pourrait dire que les hommes de notre famille, impliqués dans les affaires, étaient libéraux. Leurs épouses, en revanche, penchaient plutôt pour le parti catholique. Mais cette ambiguïté est une réalité vécue par beaucoup de familles du xixe siècle « , observe Alain Limauge.

D’une génération à l’autre, le secteur d’activités dans lequel s’impliquent les Limauge change. Le poids de Bruxelles, lui, demeure. A la fin du xixe siècle, Victor Limauge, ingénieur de formation, fut, par exemple, actif dans les nombreux travaux d’urbanisme entamés à Bruxelles, sous le règne de Léopold II. Au rang de ses chantiers figurent ainsi le prolongement de l’avenue Louise et l’aménagement du parc Josaphat, à Schaerbeek.

 » Entretenir, mais aussi faire vivre notre patrimoine « 

Mais la  » vieille et féconde terre de forêts et de champs, de châteaux, d’églises, d’abbayes et de batailles sanglantes « , peinte par Désiré Denuit dans son ouvrage sur l’abbaye locale, reste au centre des activités familiales.  » Il ne suffit pas d’entretenir notre patrimoine. Nous voulons, ma femme et moi, le faire vivre « , affirme Alain Limauge. Le Brabant est la province la plus horticole de Belgique, le paradis des jardins.

Depuis quinze ans, les Limauge organisent le plus grand événement horticole de Wallonie, le deuxième à l’échelle nationale : les  » Jardins d’Aywiers  » accueillent quelque 180 exposants tous les deux ans. Cette verte passion alimente le fonds qui permet d’entretenir le parc et les vestiges de l’abbaye d’antan.

O. Sta.

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