Le compromis est en nous

Et si les fondateurs de la Belgique, des libéraux modérés, avaient été plus audacieux ? Serions-nous ce que nous sommes devenus, si friands de pactes, fidèles à un roi et soumis à de nombreux clivages ? Els Witte conte les premières années d’un nouvel Etat chétif

(1) La Construction de la Belgique, de 1828 à 1847, aux éditions Complexe.

L’Histoire nous apprend des choses sur nous-mêmes. Notre manière actuelle de faire de la politique est l’héritage direct des révolutionnaires de 1830. A l’époque, déjà, ces fondateurs de la Belgique ont bâti leur action sur les pactes et les compromis ! Ils étaient jeunes, francophones et… soucieux de ménager la chèvre et le chou : plaire à l’Eglise, aux grands propriétaires et au roi. Dès les années 1830 à 1848, le clivage entre libéraux et catholiques a conditionné notre vie en société. La dépendance belge à l’égard des grandes puissances européennes était un fait. Ainsi que la force de groupes influents comme la Société générale. Le français a relégué dans l’ombre le néerlandais cher à Guillaume Ier. Le Mouvement flamand était né…

Eminente spécialiste de la période postrévolutionnaire, l’historienne Els Witte raconte les débuts de l’Etat, qui éclairent le destin difficile des Belges d’aujourd’hui. Quel a été le rôle exact des fondateurs ? Qui s’y est opposé ? Première femme à devenir rectrice de la VUB, l’université libre flamande de Bruxelles, de 1994 à 2000, Els Witte est une enseignante respectée. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages sur Bruxelles ( » sa  » ville), les questions linguistiques et l’histoire politique du pays (1).

Le Vif/L’Express : Qui sont les fondateurs de l’Etat belge ? Que veulent-ils ? Quel était leur profil sociologique et linguistique ?

Il s’agit surtout d’intellectuels francophones, souvent juristes ou journalistes. Ils maîtrisent bien l’histoire politique, notamment la Révolution française. Ces gens s’estiment muselés par le système de l’époque. Faute de moyens, ils ne jouaient aucun rôle politique sous le régime hollandais. Ils n’avaient guère de chance de devenir magistrat ou même fonctionnaire. Ils rêvent de davantage de libéralisme. Comme dans beaucoup de révolutions, ces hommes sont très jeunes. Entre 25 et 30 ans.

Ont-ils créé une rupture dans la manière de diriger l’Etat ?

Les plus radicaux d’entre eux ont été rapidement mis sur le côté ?

L’unionisme des années 1830 a-t-il inspiré notre aptitude légendaire à négocier des compromis, encore vivace aujourd’hui ?

Les libéraux s’organisent à partir des loges maçonniques, sous la direction de Théodore Verhaegen. Les catholiques s’appuient sur les structures de l’Eglise, très active dans le champ politique. Au cours des années 1840, la lutte entre ces deux mouvements prendra corps, en même temps que les partis politiques. Entre 1830 et 1840, il faut manifestement faire plaisir à tout le monde : à l’Eglise, aux grands propriétaires, aux commerçants… et au roi. Les compromis, la pacification, les pactes, on les retrouve dès les débuts de la Belgique. La Constitution belge est le premier pacte. Notre modèle politique actuel est l’héritier en droite ligne de ce modèle de transaction à l’£uvre au lendemain de la révolution.

La belle unanimité entre libéraux et catholiques ne va pas durer longtemps. Sur quoi portent les divergences ?

Dans cette Belgique en construction, comment les fondateurs tentent-ils de créer un sentiment d’identité nationale ?

Quelle a été la réaction des milieux flamands ?

Combien de Flamands et de francophones la Belgique comptait-elle, à l’époque ?

Y a-t-il eu de nombreux opposants à la Belgique, sur notre territoire ? Que représentaient-ils ? Que sont-ils devenus ?

). Seuls à se soucier de la misère croissante du prolétariat, ils sont les ancêtres des socialistes, sortis de l’ombre bien plus tard. En Wallonie, surtout, des réunionnistes  » ont voulu en revenir à la période de l’annexion française. Ayant des intérêts économiques dans le nord de la France, ils étaient cependant trop peu nombreux pour peser sur le cours de l’histoire. A l’inverse, les  » orangistes  » auraient pu faire basculer les choses. Eux étaient favorables au maintien d’un royaume d’Orange. Ils voulaient perpétuer l’ancien régime, sous domination hollandaise. Totalement opposés à ce qu’est devenue la Belgique, donc.

De qui s’agissait-il ? Comment étaient organisés ces orangistes ?

Quel a été le rôle exact de la Société générale ?

A-t-on failli basculer à nouveau dans le  » camp  » hollandais ?

A quel moment les opposants ont-ils rendu les armes ? Un événement en particulier a-t-il lancé la Belgique sur une base plus stable ?

Pourquoi Léopold Ier ?

Entretien : Philippe Engels

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