Le cinéma entre au salon

Le vidéoprojecteur a beaucoup évolué et il ne manque plus d’atouts pour séduire un public résolument branché  » grand écran « . Plus compact et plus beau, il est aussi plus facile à installer et offre une qualité d’image à la hausse pour un prix revu nettement à la baisse. Difficile dans ces conditions de ne pas craquer. A condition de savoir ce qu’il a dans le ventre et de pouvoir trancher définitivement la question entre DLP et LCD

La bonne vieille TV à tube cathodique n’a décidément plus la cote. Laminée par l’explosion des ventes d’écrans plasma et LCD, elle doit également s’incliner face au succès du vidéoprojecteur. Il faut dire qu’à l’heure actuelle c’est le seul appareil qui ne limite pas la taille de l’image projetée. Suivant la dimension de votre pièce, certains modèles sont capables de projeter une image de plus de 5 mètres de base et de se connecter à une kyrielle de matériels, de la console de jeu vidéo au PC, en passant par votre lecteur DVD de salon. Du côté de l’offre commerciale, c’est carrément l’opulence. Avec la banalisation de la technologie, les prix ont fondu comme neige au soleil. Le boom du  » cinéma chez soi  » a ainsi attiré les plus grands noms de l’informatique, pour ne citer que HP, Toshiba, Epson, Dell, Canon, Sony, ViewSonic, Sanyo, Optoma, sans oublier des pionniers de la trempe de Barco, Infocus et autres Davis. Il y en a vraiment pour tous les usages, tous les goûts et assurément tous les prix : de 600 à plus de 20 000 euros ! Bien entendu, inutile d’attendre d’un appareil d’entrée de gamme qu’il vous comble autant qu’un modèle proposé trois fois plus cher. L’univers des vidéoprojecteurs reste qualitativement très inégal, et la moindre nouvelle technologie se paie au prix fort. Mais, en cherchant bien, il y a moyen de trouver son bonheur. Et puis, à quoi bon faire la fine bouche si vous rêviez depuis longtemps de transformer votre console de jeu en Luna Park.

Et la lumière fut !

Vous voilà parti en quête d’un vidéoprojecteur. La première grande question à se poser : quel est l’usage réel qui en sera fait. Inutile de courir après un modèle  » home cinéma « , si l’appareil doit servir aux projections PowerPoint en plein jour. En effet, s’il s’agit d’utiliser le matériel dans une salle exposée à la lumière ambiante, il est primordial de se tourner vers des appareils capables de diffuser une puissance lumineuse maximale (idéalement entre 2 000 et 3 000 lumens ANSI). Une valeur inférieure à 1 000 lumens vous obligera à effectuer les projections dans la pénombre, voire dans l’obscurité totale. Cette réflexion devrait vous conduire sur la piste des appareils présentant le meilleur rapport lumens/prix, sans trop vous soucier du taux de contraste dont les valeurs élevées sont à réserver prioritairement au home cinéma. Bien entendu, une montée en lumens se traduit automatiquement par une flambée des prix : comptez en moyenne plus de 3 000 euros pour un vidéoprojecteur capable d’atteindre les 3 000 lumens. Autre caractéristique primordiale à prendre en compte pour la projection de données en entreprise : la résolution maximale supportée. Pour un usage informatique limité à des présentations PowerPoint, on se contentera raisonnablement du SVGA (600 x 800 pixels). Les modèles offrant le XGA (1024 x 768 pixels) étant généralement plus chers, ou carrément inabordables une fois franchie la frontière du SXGA (1280 x 1024). A réserver à la TVHD (TV haute définition) ou aux utilisateurs très exigeants cherchant à obtenir des surfaces d’affichage étendues. Et, ici aussi, une simple montée en résolution provoque aussitôt une avalanche d’euros.

Une  » toile  » tout en contraste

Dans l’hypothèse où vous envisagez de regarder vos films ou jouer sur console dans une salle obscure, il est tout à fait raisonnable de se satisfaire d’une intensité lumineuse comprise en 1 000 et 1 500 lumens. Car, de l’aveu des spécialistes,  » trop de lumens nuit à l’harmonie des couleurs « . Un appareil trop puissant aura donc tendance à inonder les couleurs vives au risque de provoquer des surexpositions par rapport aux couleurs sombres. Cela se traduit à l’écran par des blancs  » brûlés « , une image moins naturelle et saturée. Autre caractéristique très importante à prendre en considération pour un usage vidéo : le taux de contraste, garant d’une bonne profondeur des couleurs. Ce rapport exprimé sous la forme 2 000 : 1 donne une indication sur la différence d’affichage entre les zones les plus noires et le blanc. Un vidéoprojecteur qui offre un taux de contraste de 1 000 : 1 obtient donc un noir 1 000 fois plus noir que le blanc. Plus ce chiffre est élevé, plus le noir sera réellement noir (au lieu d’un gris foncé), et plus les détails des scènes d’ombres seront visibles et la profondeur de champ bonne. Autrement dit, l’image aura d’autant plus de matière et de relief. A l’heure du choix, tournez-vous vers un modèle annonçant une valeur supérieure à 2 000 : 1, ou idéalement 3 000 : 1. Malheureusement, les taux de contraste très élevés (supérieurs à 4 000) sont encore l’apanage des appareils haut de gamme. Et comme si tout cela ne suffisait pas, la qualité de l’image d’un film DVD projeté sur un écran (ou sur votre mur blanc) dépendra en grande partie de l’optique embarquée (Carl Zeiss étant une référence), des systèmes électroniques de calibrage des couleurs (une qualité qui ne s’exprime pas avec des chiffres, mais qui s’évalue de visu), ou encore de la résolution supportée. Etant entendu que les appareils XGA produisent des pixels plus petits que les simples matrices VGA.

Un LCD pour les data, un DLP pour le cinéma…

Reste encore à se décider pour un appareil basé sur la technologie DLP/DMD ou LCD, chacune d’entre elles véhiculant une image particulière et une colorimétrie marquée. N’hésitez donc pas à comparer vous-même plusieurs appareils sur place pour y voir plus clair. Idéalement, dans une salle obscure ! Rappelons que les matrices LCD n’ont pas été conçues à l’origine pour la vidéo grand public, mais bien pour la projection de données informatiques. Ce qui se traduit par des images plus  » froides « , plus adaptées à la projection via un ordinateur. En revanche, les projecteurs basés sur la puce DLP ont été adaptés à l’environnement colorimétrique du cinéma. Et cela se voit ! Même si les différences peuvent apparaître plus subtiles avec certains appareils. Plus concrètement, les couleurs diffusées par les vidéoprojecteurs DLP sont généralement plus chaudes et plus vivantes. Ils sont également dépourvus de  » l’effet de grille  » généré par les appareils LCD à faible résolution. Bien que la dernière génération de vidéoprojecteurs LCD équipés d’une triple matrice (tri-LCD) entende gommer ces différences en jouant également la carte des résolutions plus élevées. A condition d’y mettre le prix ! On l’a compris, les DLP produisent des pixels moins visibles à l’écran et, pour peu que l’on se dirige vers les modèles haut de gamme, on frôle la perfection avec des images au piqué tout en finesse, et des couleurs dignes des meilleurs écrans Trinitron. En d’autres mots, DLP et LCD ont chacun leur dada !

 » Oh, la belle image !  »

Obtenir une image aussi belle qu’au cinéma n’est pas chose aisée. Le résultat à l’écran dépend à la fois de la résolution supportée par la matrice LCD ou DLP (plus il y a de pixels, plus l’image est fine et détaillée et dépourvue d’effet de grille) et du type de format d’image généré par le vidéoprojecteur (4/3 ou 16/9). Pour un usage home cinéma, aucune hésitation à avoir : l’appareil doit supporter le 16/9. On évitera ainsi les fameuses bandes noires en haut et en bas de l’écran qui viendraient à apparaître avec un projecteur ne gérant que le format 4/3. Sachez également que la plupart des projecteurs récents intègrent des circuits d’optimisation vidéo (ces fameux  » doubleurs de lignes « ,  » scaler « ) conçus pour réduire diverses anomalies qui pourraient se voir à l’écran. Le logo  » DCDI Faroudja  » apposé sur un appareil devrait vous rassurer sur la présence d’une référence en matière de processeur vidéo, tandis que la prise en charge du standard PAL progressif (Progressif Scan) apportera une image d’un niveau de détails et de stabilité encore plus élevé. Bref, le choix d’un vidéoprojecteur n’est pas une simple affaire. D’autant que, selon les marques et modèles commercialisés, les fonctionnalités et réglages peuvent varier considérablement. Certains appareils possèdent une focale plus courte que d’autres, leur permettant de projeter une image de grande taille à courte distance (par exemple 2,5 mètres en diagonale à seulement trois mètres de distance), ce qui peut être très pratique lorsque le salon est petit. Sur d’autres, ce sera l’inverse. Il est également primordial de se renseigner sur les possibilités de correction de trapèze offertes par l’appareil. L’expérience indique qu’il est souvent impossible de placer le projecteur tout juste face à l’écran. Un léger décalage par rapport à l’axe de l’écran et c’est tout le rectangle de l’image au mur qui sera déformé ! Pour rattraper le coup, les modèles les plus sophistiqués sont capables de corriger le  » trapèze  » horizontalement et verticalement. Les appareils plus abordables se contentent en général d’une seule correction. D’autres peuvent également intégrer un zoom électrique via télécommande pour faciliter la mise au point.

Prenez le bon bout !

Dernière chose à ne pas négliger : les connexions intégrées au vidéoprojecteur. Pour un usage informatique (branchement sur un PC), on se contentera des sources informatiques standards, comme la sortie VGA, S-Vidéo, DVI et USB. En revanche, pour le home cinéma, privilégiez les connexions offrant le meilleur signal vidéo, à condition bien entendu que votre lecteur de DVD ou console de jeu en soit pourvu. Préférez donc le branchement RVB et YUV au S-Video ou Péritel. Et pourquoi ne pas choisir un modèle équipé d’une prise DVI (100 % numérique), ou encore mieux HDMI (High Definition Multimedia Interface), le gratin en matière numérique ; un nouveau connecteur permettant de faire transiter à la fois le son et l’image à haut débit. A réserver toutefois aux amateurs éclairés disposant d’un budget confortable et de tout le matériel compatible avec cette norme. N’oublions pas que la qualité finale de l’image obtenue à l’écran dépendra du type de connecteur utilisé.

Pour conclure, il serait vain d’attendre des miracles d’un projecteur home cinéma à moins de 1 000 euros. Tout au plus succomberez-vous à la magie du grand écran. Mais, une fois l’effet de surprise dissipé, le retour à la réalité peut être brutal. Car la qualité, ici, se paie au prix fort ! Heureusement, la démocratisation des vidéoprojecteurs se poursuit à un rythme effréné. Avec, à la clé, une élévation constante de leur qualité et du degré d’équipement. l

Boris Jansen

Boris Jancen

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