» Le choc des civilisations est une imposture « 

Conseiller du roi Mohammed VI, André Azoulay travaille sur  » l’alliance des civilisations  » au sein d’un comité des sages mis en place par le secrétariat général des Nations unies.

En quoi l’Union pour la Méditerranée adoptée par les Vingt-Sept diffère-t-elle de l’Union méditerranéenne initialement proposée par Nicolas Sarkozy ?

E Ce que je retiens, c’est que le mot union demeure. L’Union européenne a un sens ! Il n’y avait rien dans le paysage euroméditerranéen qui exprimait cette volonté d’aboutir demain à quelque chose qui, à la fois, soit différent et aille un peu plus loin que la relation économique et culturelle existant aujourd’hui. On est à la recherche d’un espace qui ne sera pas celui de l’adhésion mais qui sera différent de la situation actuelle. L’important, c’est la perspective.

En élargissant au cadre paneuropéen, ne craignez-vous pas une dilution des engagements ?

E Je fais confiance à la dynamique. Plus l’Europe est large, plus elle est grande, puissante, prospère et mieux nous nous portons. Nous ne sommes pas candidats à la charité européenne, nous sommes des partenaires à part entière avec des exigences et des ambitions.

La construction d’une Union pour la Méditerranée est-elle une réponse à ce que certains nomment le choc des civilisations ?

E Certainement. Mais je récuse cette thèse scélérate du choc des civilisations, qui, pour moi, est nulle et non avenue. Je viens d’un pays, le Maroc, qui est le pays de la synthèse, de l’altérité, de la rencontre, où on est bienvenu, écouté et respecté quelle que soit sa religion. Avoir voulu imposer par effraction dans le bréviaire des relations internationales cette notion régressive de choc des civilisations est pure imposture. La communauté internationale a été trop longtemps complaisante et un peu irresponsable en introduisant cette idée dans sa dialectique. Il est temps de parler de synthèse et de mettre en avant ce qui peut réunir. On a voulu dire que les religions étaient l’alpha et l’oméga de tous les problèmes. C’est, je le répète, une imposture. Il y a des dossiers politiques qui exigent des réponses politiques.

Mais, dans l’Algérie voisine, quand vous voyez des pressions croissantes à l’encontre des chrétiens, vous ne pouvez pas nier cette régression…

E Je constate la régression. Mais je résiste à la tentation d’amalgamer l’ensemble de la sphère arabo-musulmane au constat que vous faites. La situation est plus contrastée. Evitons de porter un jugement global qui ne ferait qu’aggraver les choses.

Le problème du terrorisme figure-t-il aussi sur l’agenda du projet euroméditerranéen ?

E Evidemment. Là aussi, ensemble, il faut apporter la bonne réponse. Très souvent, surtout du côté occidental, on veut expliquer cette situation par le paupérisme et des déterminants économiques et sociaux. Moi, je crois que le problème est idéologique et politique. C’est un projet de société contre un autre. Le facteur causal n’est ni économique ni réductible à l’aspect social.

Quel regard portez-vous sur ces conflits qui se multiplient en Europe entre la liberté d’expression, y compris jusque dans ses outrances, et la foi religieuse (caricatures danoises, affaire Wilders) ?

E Ce qui se passe aux Pays-Bas est étranger à la liberté d’expression. La liberté d’expression aide à mieux se comprendre, à mieux se respecter et à vivre ensemble. C’est aller contre cette liberté que de vouloir l’user comme prétexte pour miner cette convivialité. Je suis réaliste et responsable. Pour beaucoup d’entre nous qui militons pour le respect mutuel et la culture de l’altérité, se parer des vertus de la liberté d’expression pour torpiller tout ça, la réponse est non ! l

Propos recueillis par Jean-Michel Demetz et Pierre Ganz

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