Le bonheur nous appartient

Le bonheur vient, puis s’en va (souvent) avec un goût d’amertume. Que faire pour en réchapper?

Adrien Van Eycke, Bruxelles

Tous, nous sommes à la recherche du bonheur, bonheur que la vie semble distribuer par épisodes parfois si ténus, si inconsistants, qu’on hésite à y reconnaître sa marque: chapelet de menus plaisirs entrecoupés de longues plages d’ennuis, de contrariétés, de chagrins. Parfois, plus violemment, la douleur et la peur vont jusqu’à ternir le souvenir d’un passé plus avenant. Puis la vie reprend ses droits. Banalité évidente comme le quotidien dont elle fait le lit. Banalité aussi de constater qu’une répétition trop fournie en mécomptes finit par loger notre sentiment d’existence au sein d’une aigre noirceur. La tentation est forte de penser nos plaisirs comme la fausse monnaie d’une vie attristée ou, si l’on préfère, comme la monnaie du péché. Ainsi, l’idée de bonheur comme succession de plaisirs – furtifs et coûteux – se mue en son contraire.

En d’autres termes, il n’y a de bonheur que dans une succession de plaisirs, plus durable que les atteintes de la tristesse et du chagrin. Forcément … Mais à qui échoit cette chance? Est-ce une loterie? Quelques-uns tirent un numéro faste. La majorité s’en retourne les mains vides. Reste que les premiers et les seconds s’éprouvent innocents pour le meilleur et pour le pire. Cette passivité assumée rend le bonheur inaccessible (au mieux aléatoire) alors que sa recherche est une idée forte et juste. Cette dernière a animé les Américains dans leur volonté d’indépendance. Elle est une composante essentielle de la liberté, point de rencontre de l’individu et de la société.

Le philosophe Spinoza (1632-1677) expliquait que la joie est le plaisir accompagné de sa raison d’être comme la tristesse est le chagrin lesté de sa compréhension. Pareille intelligence s’applique donc à notre part la plus intime comme la plus sociale. Sans doute ne savons-nous pas toujours brider nos passions; sans doute, à satisfaire un plaisir comme si nous étions seuls en cause conduit (souvent) à son échec. Le chagrin que nous en éprouvons conduit à une tristesse née de la (re)connaissance de notre faiblesse. Quant aux malheurs qui « viennent d’ailleurs », nous préserverons une part – même amoindrie – de bonheur en essayant d’aller de l’avant, non pas comme s’ils n’existaient pas, mais parce que l’avenir nous appartient en tout état de cause.

Comprendre que, souvent, nous sommes les auteurs de notre bonheur – ou de son contraire – nous libère du sentiment d’impuissance. Savoir que le bonheur nous appartient n’est-ce pas déjà comme un goût de bonheur?

Jean Nousse

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