L’autre Afrique

Expos, concerts, théâtre, danse, cinéma, littérature, BD… Africalia dynamise la coopération au développement via l’échange culturel. Le programme est dense et coloré

Africalia, 170, boulevard Léopold, 1080 Bruxelles. Tél. : 02 412 58 81. Infos sur www.africalia.be

Si, chaque année, un pays européen différent voit sa culture célébrée par le prestigieux festival Europalia, le continent africain, dans son ensemble, méritait, à tout le moins, les honneurs d’un événement similaire. Jusqu’au mois de septembre, Africalia propose de  » rencontrer autrement  » l’Afrique d’aujourd’hui, à travers la danse, la musique, le théâtre, le cinéma, l’art contemporain, la littérature, la bande dessinée… Loin des clichés, des idées préconçues, des images exotiques traditionnelles et des Pygmées d’Yvoir. Pendant sept mois, Bruxelles, Liège, Anvers, Mons, Bruges, Gand, Louvain-la-Neuve et Malines se mettent à l’heure africaine, accueillant une belle brochette de projets culturels, bigarrés et affriolants, du Maroc à l’Afrique du Sud, en passant par le Burkina, le Nigeria ou le Congo. Le programme mosaïque est plutôt prometteur. Espérons sincèrement qu’il sera à la hauteur de ses ambitions.

Car de son succès dépend sa continuité, surtout après un changement de gouvernement, les pouvoirs publics étant le principal bailleur de fonds de cette délicate entreprise. Africalia ne s’est pas fait sans mal. Le festival a été engendré dans la douleur. Manque de clarté dans les projets lancés, polémiques avec les associations qui travaillent, depuis des lustres, dans le domaine de la coopération culturelle, kyrielle de départs au sein de l’équipe organisatrice – deux coordinatrices générales, entre autres, ont été successivement remerciées -, incontournables susceptibilités communautaires belges… Bref, un démarrage laborieux qui a miné quelque peu la recherche de sponsors. Mais fi des difficultés de la gestation !

L’idée originelle du concepteur d’Africalia, le secrétaire d’Etat à la Coopération au développement, Eddy Boutmans (Agalev), a la vertu d’être noble :  » Soutenir un développement qui ne se cantonne pas à une aide matérielle, mais qui est aussi une réflexion en termes d’art et de culture, dans un esprit de collaboration équitable entre le Nord et le Sud.  » Ainsi, depuis deux ans, l’ASBL Africalia, née de cette volonté d’allier culture et développement, a appuyé une soixantaine de projets artistiques contemporains, dans 26 pays africains, grâce aux subventions de Boutmans : 2,5 millions d’euros pour 2002 et 4,1 millions pour 2003. Des enveloppes vraiment appréciables en termes de coopération culturelle.

Cette année, le festival organisé en Belgique offre une vitrine exceptionnelle à ces projets. Pour les artistes africains, pouvoir se montrer à l’étranger est une consécration salutaire. C’est la danse contemporaine qui sera d’abord à la fête : douze des meilleurs chorégraphes actuels du continent sont invités ( lire page 66). Pendant trois jours, fin avril, le Botanique accueillera, à Bruxelles, le Festival international de théâtre africain, avec une douzaine de pièces au programme, notamment un Ubu roi, d’Alfred Jarry, par des artistes du Cameroun et du Burkina, qui s’annonce détonant. Pointons aussi Maisha Y’Africa, par la compagnie Ballet Umoja du Congo, un spectacle sur l’initiation d’un jeune homme avant son mariage, combinant parole, chant et danse, et mêlant les cultures des 425 communautés de la population congolaise.

 » Tant que les lions n’auront pas leurs conteurs, dit le dicton, les histoires de chasse tourneront toujours à la gloire des chasseurs.  » Fin mars s’ouvrira, pendant deux semaines, au centre culturel Elzenhof, à Ixelles, le salon des littératures africaines. Au menu : poésie, contes, polars, nouvelles, romans de gare. Tous les genres sont admis par les nouvelles plumes d’Afrique. Le but de ce salon est aussi de susciter la curiosité des éditeurs belges. Dans un genre différent, la bande dessinée, qui est un support culturel important en Afrique, s’exposera au Centre belge de la BD, à Bruxelles, à partir du mois de juin. Les Bulles d’Afrique réuniront une quarantaine d’auteurs. L’intérêt de cette expo est, entre autres, de voir comment ces bédéistes ont récupéré consciemment ce qui existait ailleurs et l’ont réinventé, avec leur propre imaginaire.

La musique aura évidemment une place phare dans cette saison africaine. Les concerts se déclineront essentiellement sur le thème des rencontres. Quelques exemples ? Le djembéfola guinéen Mamady Keïta et le saxophoniste belge Pierre Vaiana ont concocté un cocktail endiablé de jazz, de percussions et de chants mandingues qu’ils présenteront à Bruxelles, à Anvers et à Bruges, du 20 au 28 mars. Ils seront entourés par une palette d’artistes venus d’Afrique de l’Ouest et, en particulier, du pays mandingue. A ne pas rater non plus, fin avril, à Anvers et à Gand, la joute musicale entre percussionnistes africains et occidentaux, sur une partition ouverte du compositeur flamand Wim Henderickx.

Fanfares et caravane

On attend également, avec impatience, le mois de septembre pour assister, à Anvers, aux rencontres entre fanfares d’Afrique et de Belgique ! Ce sera d’ailleurs l’occasion de découvrir les longues trompes en fer blanc de trois mètres de hauteur de la fanfare du royaume Haoussa du Nigeria et les trompettes fabriquées à partir de défenses d’éléphant du royaume Bamoum du Cameroun. Autres confrontations originales, celles de rappeurs belges, sénégalais, sud-africains, guinéens, algériens…, qui, de mai à juin, exhiberont à Bruxelles les richesses des cultures urbaines d’Afrique. Enfin, pour clore le chapitre musical, signalons que, dans le cadre d’Africalia, la Médiathèque édite quatre brochures de qualité, bourrées d’enseignements sur les différents types de musique africaine ainsi que de références de disques sélectionnés.

Les expositions d’arts visuels contemporains fleuriront essentiellement de Bruges à Bruxelles, avec, en point d’orgue, le parcours Transferts, qui accueillera, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, de juin à septembre, des peintures, des sculptures, des photographies, des vidéos de nombreux artistes, sur le thème de  » la mort de l’altérité  » et celui de  » l’accélération de l’histoire « . Le programme cinéma, lui, s’avère un peu moins riche : une série de six courts-métrages et de cinq longs-métrages seront diffusés dans plusieurs salles du pays. Le Musée du cinéma rendra, en outre, un hommage au Sénégalais Ousmane Sembene, écrivain et vétéran du septième art africain.

Au niveau des bonnes surprises attendues, La Caravane d’Africalia fera arrêt, de mai à juillet, dans une douzaine de villes belges, proposant ateliers, spectacles, acrobaties, films, librairie, restaurant-bar culturel. Et, toujours en juillet, la Grand-Place de Bruxelles prendra les couleurs de la célèbre place Djemaa el-Fna de Marrakech, avec ses diseuses de bonne aventure, ses joueurs de tambour, ses danseuses, ses tatoueurs. Il va faire torride cet été, en Belgique !

Thierry Denoël

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