» L’Allemagne doit retrouver son dynamisme « 

Ministre de la Famille, Ursula von der Leyen est aussi mère de sept enfants : un cas dans un pays où un tiers des couples n’en ont aucun. Elle s’explique

Comment allez-vous travailler ensemble, au sein de cette grande coalition, après vous être combattus avec acharnement par le passé ?

Les deux partis parlaient au départ des langages différents et c’est pourquoi il nous a fallu un certain temps pour définir des objectifs communs. Mais, dans l’ensemble, même si certains dossiers, très idéologiques, comme celui de la réforme de la santé, seront difficiles à aborder, nous avons réussi à nous mettre d’accord sur de nombreux sujets. C’est l’avantage d’une grande coalition : si les conservateurs de la CDU avaient agi seuls, ils auraient dû faire face à l’opposition des sociaux-démocrates du SPD. Désormais, nous sommes ensemble, ce qui est plus facile pour changer les choses.

Que peut apporter à cet égard l’expérience des présidents du SPD et de la CDU, Matthias Platzeck et Angela Merkel, tous deux originaires d’Allemagne de l’Est ?

Scientifiques de formation, ils sont très pragmatiques. Angela Merkel aborde la réalité sans orthodoxie, elle est capable de penser différemment, ce qui est utile pour chercher de nouvelles solutions à des problèmes que l’idéologie n’a pas pu résoudre.

A 47 ans, vous êtes de la même génération – celle qui avait 30 ans à la chute du Mur – qu’Angela Merkel et Matthias Platzeck. Comment voyez-vous le rôle de l’Allemagne en Europe ?

Je rêve d’une Allemagne qui donnerait à l’Europe ce qu’elle lui a offert dans les années 1970 : sa force économique et sa force d’innovation. Nous devons absolument retrouver ce dynamisme, notamment à travers la joie d’avoir des enfants. Pensez que, dans notre pays, 30 % des couples n’ont pas d’enfant. Ce qui est aussi le cas pour presque la moitié de ceux qui ont fait des études supérieures. Notre image de la famille – l’homme qui travaille et la femme qui reste à la maison pour s’occuper de sa progéniture – y est pour quelque chose. Ce schéma n’est plus en phase avec la société d’aujourd’hui. Les femmes veulent travailler et avoir des enfants. Or, en Allemagne, il est difficile de faire les deux.

Y a-t-il des idées à prendre ailleurs ?

Oui, il faudrait que nous importions l’attitude positive qu’a la France à l’égard de ceux qui travaillent tout en ayant des enfants.

Vous-même avez sept enfants. Est-ce que cela rend votre métier plus difficile ?

On me pose tous les jours la question  » Comment faites-vous avec vos enfants ?  » ou  » Etes-vous une bonne maman ? « à Mais personne ne pose ce genre de question aux hommes ! Et on ne me demande jamais :  » Etes-vous une bonne ministre ?  »

Votre pays vieillit ; doit-il accepter plus d’immigrés ?

L’immigration est nécessaire, mais ne réglera pas tout. Nous devons faire beaucoup plus d’efforts à l’égard des enfants d’immigrés qui sont déjà en Allemagne et qui vivent souvent dans des conditions difficiles. Ce sera l’une de mes tâches principales à l’avenir : m’occuper de ces populations. Car nous aurons besoin de ces enfants-là dans le futur.

Entretien : Blandine Milcent

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