L’adieu aux hymnes ?

Cesserons-nous bientôt de voir les joueurs de football, bien alignés, main sur le c£ur, en train d’ânonner les paroles de leurs hymnes nationaux avant le coup d’envoi des matchs internationaux ? Joseph Blatter, président de la Fédération internationale de football (Fifa), y songe.  » Je me demande si cela a encore un sens de jouer les hymnes nationaux, a déclaré le patron du foot mondial après les sifflets qui ont recouvert l’hymne helvétique avant le match Turquie-Suisse. Quand un nationalisme exacerbé s’ajoute à la passion et à l’émotion, cela devient explosif.  » Au match aller, à Berne, le public avait copieusement sifflé l’hymne des visiteurs, comme il l’avait fait pour La Marseillaise, quelques semaines plus tôt, lors de Suisse-France. La solution de Blatter : mettre les fanfares militaires à la retraite et rendre la poignée de main des 22 joueurs obligatoire à la fin du match.

En France l’hymne national a été sifflé par les supporters bastiais avant la finale de la Coupe de France, en mai 2002. Furieux, le président Jacques Chirac avait alors quitté la tribune présidentielle du Stade de France.  » Renoncer à l’hymne national des équipes, affirme l’écrivain Max Gallo, c’est nier le problème et s’enfoncer la tête dans le sable.  » Ou bien, suggère-t-il, il faudrait différencier les équipes par les marques de leurs sponsors. Nike contre Carrefour. Ce ne sont pas, en effet, les hymnes qui déclenchent la violence (même lorsqu’ils sont massacrés). Ils ne sont qu’un révélateur. Depuis plusieurs années, le football anglais lutte contre la violence et les incivilités dans ses stades, en bannissant à vie, par exemple, les hooligans. Partout, les hymnes nationaux suscitent des controverses. Tony Blair a reçu des milliers de lettres de protestation de sujets de Sa Gracieuse Majesté. Ceux-ci estiment que le God Save the Queen ne peut être utilisé pour le football ou le rugby. Vladimir Poutine a fait adopter l’hymne soviétique, écrit sous Staline. L’Afrique du Sud post-apartheid a choisi la voie de la sagesse. L’hymne est chanté dans trois des langues du pays : le zoulou, l’afrikaans et l’anglais. A moins que la solution ne vienne de Bosnie. Après la guerre civile, le pays a bien une musique mais non des paroles. Les trois communautés n’ont pu se mettre d’accord. C’est donc le seul hymne au monde que l’on sifflote. C’est mieux que de le siffler.

Jean-Sébastien Stehli

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