La vigile

Si c’est possible « , Maryvonne Van den Abeele, 41 ans, préférerait qu’on l’appelle  » agent de garde « … Pourtant, si le terme ne véhiculait pas ce petit côté sado-maso inopportun,  » maîtresse-chien  » lui conviendrait infiniment mieux, tant elle et son molosse forment, sur les parkings, les centres commerciaux, les parcs d’attractions et les domaines militaires, un couple indéfectible. A tout seigneur tout honneur, donc. Lui, c’est D’zias : un rottweiler mâle de 75 kilos, capable d’assurer la surveillance des lieux de façon conviviale ( » Il aime jouer avec les canettes de coca vides « ) autant que dissuasive ( » Dès qu’il aboie, les fauteurs de troubles se calment immédiatement… « ). A l’autre bout de la laisse, sa dresseuse : Maryvonne, depuis sept ans employée en gardiennage chez Group 4 Falck (anciennement Group 4 Securitas), digne représentante d’une profession qui compte, en Belgique, quelque 10 000 agents de sécurité, dont environ 10 % de femmes. Missions : les rondes (avec ou sans chien), le repérage des paquets bizarres ou des voitures suspectes, l’observation de tous les risques liés à de fortes concentrations humaines, ainsi que la prévention de la délinquance, du sabotage, du vandalisme et des vols. Qualités requises : l’endurance en situation de stress, la gestion rapide des conflits, l’adaptation  » tous publics  » et, surtout, la diplomatie. Pour avoir arpenté, à Bruxelles, les allées du palais des Expositions, de Bruparck et de l’Otan, Maryvonne le sait bien : sa première arme, c’est le dialogue.  » Parler donne toujours de bons résultats « , note-t-elle modestement, sans perdre de vue que son appartenance au beau sexe lui permet souvent de  » désamorcer les bombes « , plus facilement, peut-être, que ses collègues masculins.

Tant mieux. Dans un métier qui s’attache aussi, de plus en plus, à développer la technologie (surveillance par caméras, détection électronique, etc.), le volet humain reste le seul qui permet véritablement des réactions  » flexibles  » :  » L’agent de garde doit s’occuper des victimes, éteindre les débuts d’incendie, faire rapport aux forces de l’ordre et à ceux qui l’emploient. Bref, comme le résume, par ce vilain néologisme, Danny Van Dormael, administrateur délégué de Group 4 Falck et président de l’association professionnelle des entreprises de gardiennage, le vigile doit ôinterfacer » avec tout le monde « … Or son job, qui pâtit néanmoins d’une perception négative de la part du public, pourrait bientôt y gagner en estime. En effet, le transport de valeurs, un autre pan du secteur, subit un net recul d’activité. En cause : le développement des moyens de paiement électroniques, la fusion des banques et l’apparition de la monnaie unique. Dès lors, certaines entreprises de sécurité souhaitent élargir leur offre de services à ce qu’elles nomment aujourd’hui,  » faute de mieux en français ou en néerlandais « , la safety. Objectif ? Porter davantage assistance aux personnes, de manière continue et quotidienne. Ainsi, sur les sites à haute densité humaine, il s’agit désormais d’assurer non seulement la surveillance, mais aussi les premiers secours, grâce à des agents de protection dotés des formations spécifiques d’ambulancier ou de pompier.  » La safety correspond à une tendance de la société, avance Van Dormael. De nos jours, la sécurité des gens les préoccupe bien plus qu’auparavant.  »

Qu’en pense Maryvonne ? Du moment qu’elle peut  » continuer à travailler avec des chiens « , aucune tâche, aucune affectation ne l’effraie. Est-ce pour ça que D’zias connaît déjà ses remplaçants ? A la maison, quatre toutous  » en formation « , dont un chien de décombres et un autre d’avalanche, sont prêts à prendre la relève…

Valérie Colin

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