La présidentielle sens dessus dessous

Les sondages avaient désigné DSK comme le grand favori de l’élection de 2012. Les cartes sont soudainement rebattues sur l’ensemble de l’échiquier politique.

Ce n’est pas forcément celui qui, sur le papier, présente le plus d’atouts qu’une élection présidentielle désigne comme vainqueur. C’est celui qui parvient à franchir tous les obstacles, jusqu’au plus inattendu, jusqu’au plus tordu, jusqu’au dernier. La conquête élyséenne est histoire de résistance et non quête d’absolu. Nicolas Sarkozy en a toujours été persuadé – voilà pourquoi, depuis plusieurs mois, malgré des sondages chaque matin catastrophiques, il affiche un optimisme chaque soir irrésistible.

Dominique Strauss-Kahn constituait-il alors le plus redoutable des adversaires ou, au contraire, le plus fragile ? Les responsables de la majorité ne cessaient de souligner ses faiblesses personnelles, supérieures, si supérieures, à leurs yeux, à ses atouts politiques.

Un séisme favorable à Nicolas Sarkozy ?

Mais si Dominique Strauss-Kahn paraissait à ce point vulnérable –  » Il n’est pas haut, il est loin « , observait un conseiller de l’Elysée – une question se pose aussitôt : le séisme politique que constitue son empêchement quasi certain atteint d’abord le Parti socialiste, mais ne complique-t-il pas la donne pour Nicolas Sarkozy, au lieu de la simplifier ? A défaut d’avoir une stature internationale reconnue, Martine Aubry ou François Hollande ont d’autres atouts en main, à commencer par une image qui les présente en antithèse de Nicolas Sarkozy. Or les failles du président, qui le renvoient à ses nombreuses erreurs des quatre premières années du quinquennat, ne vont pas disparaître comme par miracle. Ce sont elles, déjà, qui empêchaient jusqu’à présent le chef de l’Etat de retisser son lien particulier avec ses concitoyens. La dimension personnelle l’emportait sur tout bilan politique. Au détriment de Nicolas Sarkozy.  » Les Français ont vraiment envie d’alternance, la seule chose qui puisse nous sauver, ce sont les bêtises internes du PS « , notait récemment un ministre.

La bataille de 2012 n’a pas encore vraiment commencé, et elle est déjà totalement bouleversée. Car le paysage politique est loin d’être figé. La supériorité de Dominique Strauss-Kahn dans les sondages s’expliquait, jusqu’alors, par sa capacité à attirer les voix des centristes. Et celles-ci ne sont pas marginales, jusqu’à représenter un cinquième de l’électorat.

En 2007, la victoire de Nicolas Sarkozy avait suscité un immense espoir dans une grande partie de l’opinion – à la hauteur de la déception qui a suivi. Aussi la bataille de 2012 s’annonçait-elle moins flamboyante, plus crispée. La campagne à venir suscitait des craintes plus que des espérances : le désenchantement est généralement au rendez-vous lorsque le président sortant concourt à sa propre réélection.

Depuis la nuit du samedi 14 au dimanche 15 mai, on ne s’attend plus au pire – il est arrivé. Au-delà des conséquences sur l’espace politique que chacun va chercher à occuper, l’affaire DSK a deux autres effets immédiats : assombrir davantage les relations entre les Français et les élites dans leur ensemble ; jeter un peu plus l’ombre du soupçon sur les dirigeants publics. Depuis qu’elle existe, l’élection présidentielle a souvent été rythmée par des scandales. Jamais elle n’avait été marquée par un acte si grave.

ERIC MANDONNET

Depuis la nuit du 14 au 15 mai, on ne s’attend plus au pire – il est arrivé

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