La photo en tout grand

Avec l’inauguration de sa nouvelle aile, le 1er juin, le Musée de la photographie de Charleroi devient le plus grand du genre au monde ! Et les projets ne manquent pas… Son directeur, Xavier Canonne, fait le point.

La nouvelle aile, une architecture audacieuse imaginée par l’atelier Escaut Architecture, ne remplace pas l’ancien carmel qui abrite le Musée de la photographie, inauguré en 1995. Elle le prolonge, sans l’occulter, puisqu’il est implanté à l’arrière de l’ancien bâtiment et s’ouvre, d’un côté, sur un jardin de 3 000 fougères et, de l’autre, sur un vaste parc arboré. La forme architecturale se veut pourtant un signe clair et catégorique associant l’audace et la rigueur. D’abord, techniquement, avec un porte-à-faux de 24 mètres soutenu seulement par des poutres de bois spécialement importées d’Autriche et des colonnes argentées en métal plein. Ensuite, par son allure géométrique de boîte métallique, rythmée par des ouvertures disposées irrégulièrement à la surface même des murs lamellés en aluminium. Il s’agit donc moins, extérieurement, d’une intégration à l’esthétique néogothique de l’architecture ancienne en pierre et brique que d’une rupture visuelle indiquant la volonté du musée d’associer l’histoire ancienne aux questions actuelles. A l’intérieur, par contre, les passages se font sans heurts, même si l’architecture nouvelle, entre autres par le jeu des fenêtres, active des vues et enrichit l’accrochage de quelques belles surprises. Coût de l’opération : 4 millions d’euros.

Avec ses 8 000 mètres carrés, le musée de Charleroi est devenu, en termes d’espace d’exposition, le plus grand musée de la photographie du monde. Mais vous travaillez sur d’autres projets ?

E Oui, parce que, aujourd’hui, un musée doit remplir des fonctions de plus en plus nombreuses et variées. Notre équipe, une trentaine de personnes – dont trois scientifiques – assurent des tâches qui s’adaptent aux nouvelles exigences. Cela va de la conservation et de l’enrichissement des collections (80 000 photos et 3 millions de négatifs) à leur présentation, et de l’organisation des expositions temporaires aux travaux de médiation – c’est-à-dire, l’accueil du public. Car on ne vient plus au musée seulement pour voir des £uvres, mais aussi pour se rencontrer entre amis, acheter un livre ou une carte postale, boire ou manger, écouter une conférence, visionner un film… De même, les contacts avec les artistes et les responsables d’autres institutions ont changé et se sont internationalisés. Ainsi, dès que l’ancien carmel a été inauguré, nous avons mis en chantier la restauration d’une petite maison qui nous permet aujourd’hui d’accueillir nos invités photographes, conservateurs de musée ou chercheurs, et ainsi de réduire les frais d’hôtel, tout en leur offrant la possibilité d’utiliser notre bibliothèque et nos laboratoires, et de pouvoir, à notre tour, être accueillis à l’étranger à moindres frais.

Dans ces nouveaux projets, il ne s’agit plus du musée proprement dit ?

E Avec l’extension inaugurée ce 1er juin, nous avons ouvert le musée sur un parc. Il pourrait n’être réservé qu’aux visiteurs du musée, mais nous espérons pouvoir l’ouvrir très prochainement à tout le quartier sans qu’il soit nécessaire, pour ce faire, de passer par le musée. Car un musée est aussi un agent actif de reliance sociale et doit dès lors s’inscrire dans la dynamique d’un lieu. Le parc en est une première étape. Le projet, aujourd’hui à l’étude, va plus loin en redessinant les abords du musée. Cela va du dessin des trottoirs aux questions d’éclairage, en passant par la gestion des parkings et la plantation d’arbres, afin d’unifier le tissu urbain et d’y intégrer les commerces. On cherche aussi à améliorer la signalétique, et ce jusqu’à la dorsale wallonne et, bien sûr, la ville de Charleroi qui, semble-t-il, croit enfin aux effets positifs de la culture.

A l’intérieur du musée, quelles modifications apporte l’extension ?

E L’accueil se fait toujours par l’ancien carmel et les expositions temporaires se font, comme auparavant, dans la chapelle et les galeries du cloître. Pour le reste, tout a changé. On a abattu des cloisons, déplacé les bureaux, laboratoires, salles de restauration. L’ancienne bibliothèque, par exemple, a été agrandie et remplacée par l’art shop, où il sera même possible d’acheter des tirages originaux réalisés au musée, voire des £uvres de photographes actuels. Dans les nouveaux lieux qui accueillent la partie plus récente de nos collections, on a installé un grand espace réservé au service éducatif, un laboratoire numérique (un autre, argentique, existait déjà), une nouvelle bibliothèque, trois fois plus grande, décorée de meubles de Prouvé, une salle de projection (90 sièges), un jardin d’hiver et une cafétéria où seront servis des produits régionaux de saison.

Et en ce qui concerne le parcours proprement dit ?

E Il est fortement enrichi. Nous l’avons pensé en deux séquences. La première égrène une histoire qui va de la proto-photographie (les daguerréotypes des années 1840) aux années 1980. La seconde, thématique, envisage la création contemporaine. Dans les deux cas, on entremêle les £uvres internationales et nationales selon des approches chaque fois explicitées par des petits textes en trois langues (français, néerlandais, anglais), et on intègre des films d’époque, des vidéos et d’autres documents. Chaque section historique répond à une approche qui met en avant une opposition ou une complicité entre des sujets traités ou des questions soulevées par le traitement de l’image. Dans la partie contemporaine, nous avons posé cinq questions : Que devient l’image de repor- tage ? Le regard sur le quotidien ? La place du simulacre ? La confrontation entre la vie et la mort ? Enfin, le portrait, ce face-à- face avec l’autre ?

On imagine bien que, dans ce parcours de type encyclopédique, on ressent aussi les vides ?

E Bien sûr. Par exemple, entre la nouvelle objectivité et le surréalisme, il manque les photographies du dadaïsme allemand. C’est la raison pour laquelle nous continuons à acquérir des pièces, même si les prix ont explosé. Pour ce faire, nous ne bénéficions d’aucun budget propre. Notre dotation (500 000 euros de la Communauté française, 50 000 de la Région wallonne, 25 000 de la Ville, et les sponsors) servent essentiellement au fonctionnement du musée. Les acquisitions proviennent donc soit de dons, soit d’une partie des recettes propres (billetterie, art shop, cafétéria). Pour le reste, la Communauté française achète des photographies qu’elle met en dépôt au musée mais, le plus souvent, sans concertation avec l’équipe scientifique du musée.

Combien de visiteurs espérez-vous ?

E Nous avons eu, jusqu’aux travaux qui avaient empêché de montrer les collections permanentes, une moyenne de 50 000 visiteurs annuels, dont la moitié relève des visites scolaires. Il nous faut d’abord les reconquérir. Pour cela, il faut travailler à fidéliser le public par des manifestations pertinentes. Mais aussi par une offre de services. Je pense ainsi à développer le service éducatif. J’aimerais augmenter les animations d’un jour, pendant lesquelles on découvre le patrimoine, mais qui permettent aussi des temps de discussion, de délassement et d’initiation à la pratique de la photographie. C’est dans ce sens que nous allons acquérir un studio mobile, afin d’aller dans les écoles mêmes ou les quartiers, pour susciter l’envie de faire de la photographie, de la comprendre et de venir au musée. Nous visons donc 100 000 visiteurs.

Musée de la photographie, 11, avenue Paul Pastur, Charleroi (Mont-sur-Marchienne). Du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures. Tél. : 071 43 58 10 ; www.museephoto.be.

Entretien : Guy Gilsoul

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