La pasteure qui dit nein

Margot Kässmann dirige la plus grande Eglise protestante outre-Rhin. Cette pacifiste monte au front contre l’engagement de la Bundeswehr en Afghanistan.

DE NOTRE CORRESPONDANTE

L’Allemagne n’échappe pas au paradoxe afghan : alors qu’une majorité de la population y est hostile, Angela Merkel obtiendra en effet sans problème, à la fin du mois, un vote positif du Parlement sur le nouveau mandat des soldats de la Bundeswehr, l’armée allemande, dans le nord du pays (voir l’encadré). A côté du parti de la gauche rebelle, Die Linke, l’Eglise protestante, ou plutôt sa présidente, Margot Kässmann, est devenue l’un des porte-voix des mécontents.

Seule personnalité de la société civile à oser briser le consensus, celle qui représente quelque 25 millions de protestants ne cesse de répéter que  » rien n’est bon en Afghanistan « .  » Manifestement, les armes ne parviennent pas à y faire régner la paix « , avait-elle déclaré au début de l’année dans un sermon. Avant d’enfoncer le clou dans une interview au quotidien berlinois Die Berliner Zeitung :  » Ce qui se passe [en Afghanistan] est injustifiable. « 

Aujourd’hui, Margot Kässmann n’entend rien retirer à ses déclarations, malgré les attaques dont elle fait l’objet. Accusée tour à tour d’antipatriotisme ou de naïveté politique, la présidente de l’Eglise évangélique persiste à poser des questions qui dérangent. Tout récemment, elle s’est même interrogée sur le bien-fondé de la Seconde Guerre mondiale : pourquoi n’a-t-on pas développé des stratégies en amont du conflit afin de renforcer l’opposition au Führer ? Pourquoi n’a-t-on pas bombardé les rails menant à Auschwitz ? Bref, a-t-on vraiment tout fait pour éviter la guerre ?

Un livre de confessions devenu best-seller

Elue en octobre dernier, ce petit bout de femme, le cheveu noir coupé court, l’allure déterminée, restera dans les annales protestantes comme la première représentante du sexe féminin à prendre la tête de cette institution. Est-ce si étonnant ? Elle ne semble redouter ni les épreuves ni l’adversité. Atteinte d’un cancer en 2006, elle divorce de son mari l’année suivante, après vingt-six ans de vie commune, au grand dam de ses ouailles les plus conservatrices. Rompant avec une tradition toute protestante de discrétion, elle rédige un livre de confessions (In der Mitte des Lebens, Herder), paru à l’automne dernier et devenu un best-seller (180 000 exemplaires). Même au sein du gouvernement, Margot Kässmann a ses défenseurs – et pas des moindres.  » Elle sait utiliser son énergie pour placer l’Eglise au centre de la vie et la rendre proche des gens « , remarque Angela Merkel. Le compliment émane d’une fille de pasteur. Qui fut, aussi, la première femme en Allemagne à accéder à la chancellerie.

BLANDINE MILCENT

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