La part du tueur

La Déclaration d’amour, par Alain Absire, Fayard, 213 pages.

rpenteur de l’espace romanesque, Alain Absire se meut avec la même aisance dans les genres, les lieux et les époques les plus divers. Du thriller contemporain ou du récit intimiste à la fresque somptueuse, de l’Empire romain aux croisades, de la Florence des Médicis à la Rome ou au Paris d’aujourd’hui, son imaginaire fait farine de tout grain pour décliner un éternel humain que le contexte lui permet d’aborder sous des angles multiples. Ainsi les valeurs absolues de la vie, de la mort, de l’amour et toutes les questions annexes se manifestent-elles selon des modes particuliers qui chacun précisent certains traits de l’énigmatique réalité de l’homme.

Nous voici, cette fois, dans l’Egypte de la xviiie dynastie, alors que, victimes de la frustration des prêtres d’Amon, s’écroulent la réforme monothéiste d’Akhénaton et la splendeur de sa ville d’Amarna. Ahmosis, ancien scribe royal du pharaon réformateur, s’est réfugié dans la tombe édifiée pour lui-même et pour son épouse Takharou qui l’a quitté. Ainsi, blessé dans son amour et dans sa foi, il veut se laisser mourir sur place. Mais, peu à peu, les souvenirs du passé attisent sa passion pour la disparue et la conscience de ses propres insuffisances alors que la modeste présence d’une chatte, symboliquement divinisée, le rappelle à la compassion. Et concourt aussi à lui rendre le goût de la vie et la volonté de retrouver celle qui s’est fatiguée de lui et pour laquelle il couvre des papyrus de son long chant d’amour. Le contexte d’opposition du culte d’un dieu unique au panthéon d’Amon paraît doubler ainsi cette passion exclusive et sa faillite, comme les doublent les superbes hymnes à la gloire d’Aton et la dévastation de la ville qui lui était consacrée par le roi  » ivre de Dieu « . Evocation brillante et fouillée de ces lieux et temps d’Egypte, La Déclaration d’amour est aussi et surtout, en tant qu’ autobiographie fictive, une réflexion intemporelle, et donc actuelle, sur l’art d’aimer et sur les sensibilités respectives des sexes. Souvent bourreau de son amour par aveuglement, par ambition, par égoïsme, l’homme (le mâle) peut en venir, dans sa détresse, à identifier et à débusquer en lui la part du tueur. Et son chant devient alors d’une beauté baudelairienne, digne de ranimer  » les miroirs ternis et les flammes mortes « . Encore faut-il la finesse et le talent d’un romancier comme Absire pour rendre cette réalité aussi intimement sensible.

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