Là où il y a des gènes, y a-t-il du plaisir ?

Le clonage nous facilitera- t-il la vie au cours des vingt prochaines années ? Pourra-t-on, grâce à la génétique, améliorer le goût des cerises ? Sera-t-il acceptable d’insérer des gènes humains sur un animal, afin de lui faire produire des organes qui seront, ensuite, transplantés sur nous-mêmes ? Et le respect de la vie privée, s’en trouvera-t-il parfaitement garanti ? Rien n’est moins sûr… s’il faut en croire l’avis des Belges. Cherchant à déterminer, pour le compte des assurances P&V, la position de l’opinion publique dans le débat sur la génétique, des sociologues du groupe de travail TOR (Tempus omnia revelat) de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) ont en effet analysé, via un sondage inédit à grande échelle, ce que les Belges estiment acceptable dans le domaine des applications génétiques sur les humains, les animaux et les plantes.  » Nous frôlons véritablement les limites de ce que la population considère comme admissible en matière d’interventions génétiques « , assure le Pr Mark Elchardus (VUB), coordinateur de l’enquête.

Grâce à diverses études antérieures, on savait déjà que les Belges, par rapport aux autres citoyens européens, ne sont que  » modérément tolérants  » sur la question û seuls l’Espagne, le Portugal et l’Irlande comptent des populations aux  » idées génétiques plus larges « . Certes, en la matière, l’optimisme des Européens croît globalement, mais un quart d’entre eux continuent à douter des possibilités de la biotechnologie. Ainsi, lorsqu’on demande aux Européens de citer les techniques qui amélioreront vraisemblablement leur quotidien dans les deux décennies à venir, ce sont les télécommunications, l’informatique, Internet, l’énergie solaire et la téléphonie mobile qui viennent en tête, loin devant la biotechnologie. Chez nous aussi, la génétique reste à la traîne, même si un peu plus de la moitié des Belges (54,4 %) se disent convaincus de son potentiel, essentiellement dans les domaines de la santé et de la fertilité humaines.

Fortes réticences

 » Dans notre enquête, explique Elchardus, nous avons soumis aux répondants, pour leur demander si elles sont acceptables, 41 applications génétiques portant sur des fruits et des légumes, des animaux et des humains. Pour détecter des structures dans l’opinion, nous avons ramené ce nombre total d’affirmations à sept dimensions, qui présentent clairement une cohérence de contenu selon l’organisme visé et l’objectif poursuivi. « Que révèle l’enquête ? Seuls deux types d’applications sont jugés acceptables par une majorité de Belges : les interventions sur le corps humain censées favoriser la santé de l’individu ( tableau 1), et les tests génétiques cherchant à évaluer la santé de nos descendants. Plus de 60 % des Belges considèrent ainsi qu' » un couple devrait demander à subir un test génétique pour vérifier si ses futurs enfants présentent un risque accru de troubles génétiques « .  » Les gens trouvent donc la génétique parfaitement légitime, lorsqu’elle fait office d’outil thérapeutique ou diagnostique « , souligne Elchardus. Notons, toutefois, à propos des tests pré-conceptionnels, qu’il s’agit là seulement d’une opération de collecte d’informations û et non de  » chipotage  » de gènes…

Dans tous les autres cas de figure, une majorité de jugements favorables n’est jamais atteinte. Même les manipulations génétiques classiques qui aident les couples stériles à procréer (pratiques pourtant banalisées !) ne recueillent l’assentiment que de 44,3 % des sondés ( tableau 3). Les avis sont ensuite très partagés au sujet des interventions génétiques sur les plantes, à des fins médicales ou non ( tableau 2). Les mêmes hésitations concernent les animaux, quand bien même les modifications génétiques dont ils feraient l’objet serviraient à produire des médicaments pour l’homme : partisans (32,9 %) et adversaires (31,7 %) s’égalisent pratiquement. Enfin, à des majorités écrasantes, l’opinion publique se montre opposée à tous les autres champs d’application, en particulier ceux qui impliquent des modifications de gènes d’animaux pour des motifs commerciaux ( tableau 4). Et plus encore de gènes humains, lorsque les manipulations rencontrent de simples convenances personnelles : ceux qui rêvaient d’obtenir ainsi des enfants géniaux ou des biceps surdéveloppés en sont donc pour leurs frais ( tableau 5)…

A SUIVRE Quelles sont les raisons qui incitent les Belges à juger certaines applications acceptables et d’autres non ? Existe-t-il des différences d’opinion entre hommes et femmes, jeunes et vieux, francophones et Flamands ? Enfin, la perception du risque et de l’utilité d’une application joue- t-elle en sa (dé)faveur ? La suite de l’enquête entend le démontrer, la semaine prochaine.

Valérie Colin

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