La Journée de la tomate

On a fini par le savoir : le 8 mars, l’humanité réunie a célébré la Journée de la femme. A cette occasion, les lapideurs de femmes adultères, les exciseurs de petites filles et les exploiteurs de main-d’£uvre féminine ont arrêté de lapider, d’exciser et d’exploiter pendant une journée en se disant que, comme ça, ils auront plus d’énergie pour se remettre au boulot le lendemain.

De même, le 20 mars, Journée mondiale de la francophonie, les spîkeurs de la télévision ont cessé de torturer une pauvre langue qui ne leur avait rien fait, les auteurs de ces merveilleux formulaires sans lesquels l’administration belge n’aurait pas toute sa saveur ont tenté de réécrire leurs textes en un français vaguement compréhensible et Lili Nabholz a mis une touche finale à son rapport sur le sort des malheureux francophones de la périphérie, mais qui se souvient encore de Lili Nabholz ?

Il ne faudrait cependant pas que l’arbre de ces journées médiatisées cache la forêt des Journées moins connues mais tout aussi utiles. Qui sait, par exemple, que le 15 mars était la Journée mondiale des consommateurs ? A cette occasion, vous auriez pu vous précipiter dans votre supermarché favori pour consommer encore plus que d’habitude. Sauf que, le 15 mars tombant cette année un lundi, votre frigo était encore plein, puisque vous aviez fait les courses le samedi. Bon, l’année prochaine, on s’arrangera pour que la Journée des consommateurs tombe un samedi.

Le lendemain, le 16 mars, c’était la Journée de la tomate. Je vous jure que je n’invente rien, je n’aurais pas le courage. Personne ne sait à quoi sert une Journée de la tomate, ni comment on la fête. Faut-il en profiter pour jeter des tomates à ses congénères, ou, au contraire, déposer une tomate sur un piédestal et se prosterner devant ses flancs joufflus ? Le plus simple serait peut-être, ce jour-là, d’en manger une, mais on n’est pas sûr que la tomate apprécie d’être mangée justement le jour de sa fête.

Le 21 mars fut à la fois la Journée mondiale contre le racisme et la Journée mondiale de l’optométrie, tant il est vrai que, si on croit qu’une journée annuelle peut suffire à vaincre le racisme, on a, en effet, besoin d’un bon optométriste. Le 23, place à la Journée mondiale de la météo qui, par un hasard intéressant, est tombée le même jour que la Journée mondiale de la tuberculose. Heureux les M. Météo tuberculeux, ils ont eu deux fois plus de raisons de faire la fête !

Et ça continue comme ça toute l’année. Attendez-vous donc à célébrer, le 22 avril, la Journée de la terre. Comme pour la Journée de la tomate, profitez-en pour en manger un peu. Le 27 avril, on ne sait pas très bien qui célèbre le  » No-Golf Day « , mais on est sûr qu’il y a des gens qui doivent fêter ça. Le 17 mai, à l’occasion de la Journée mondiale des télécoms, vous pouvez demander à votre opérateur habituel de vous laisser télécommuniquer à l’£il, mais ça risque de ne pas marcher.

Le 6 novembre, vous aurez bien entendu à c£ur de célébrer la Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre et de conflit armé. Au passage, vous admirerez le réalisme des créateurs de cette journée, qui n’essaient même plus de prévenir les guerres, mais se contentent de sauver l’environnement pendant que les humains s’entre-tuent. Il est vrai que la Journée internationale de la paix, c’est le 21 septembre. Et que, ici aussi, on ne peut que se féliciter devant l’efficacité d’une telle initiative.

Enfin, le 21 novembre, les Nations unies célèbrent la Journée mondiale de la télévision. Et, après toute une année passée à célébrer journée sur journée, vous aurez bien mérité de la passer au fond du divan à enchaîner sitcoms et téléréalité du petit matin jusqu’au bout de la nuit. Allez-y, c’est permis,

de marc oschinsky

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