La Francafrique

Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Les 5es Jeux de la francophonie se sont tenus du 7 au 17 décembre à Niamey sous le triple signe de la langue française, du sport et de la culture. Impressions

Les militaires qui gardent tous les sites des Jeux contrôlent les accréditations mais aucun ne trouve à redire que les deux journalistes belges de la presse écrite qui entrent ensemble par la grande porte du village officiel portent le même nom sur leur badge. Quant à l’ambassadeur de Chine – pays bâtisseur d’une bonne partie des nouvelles installations de Niamey -, on raconte qu’il n’a toujours pas reçu son accréditation. Et puis, il se dit aussi que les Jeux sont en panne de papier, que l’airco ne tiendra pas, que les petits vendeurs locaux sont rackettés s’ils veulent vendre sur les sites officiels, que les Canadiens ont été furieux de découvrir le village occupé par les familles des ouvriers locaux avant l’ouverture, etc. La routine africaine, en quelque sorte.

Niamey bruisse de rumeurs, la pire étant que les 5es Jeux de la francophonie ont failli ne pas se faire pour cause de famine.  » Les Jeux ont été attribués au Niger dès 1999, explique Marc Clairbois, chef de la délégation de la Communauté française de Belgique. La Francophonie a décidé de les maintenir parce que le Niger tenait absolument à l’événement et que l’occasion était belle de parler positivement de ce pays. Annuler aurait constitué une double sanction pour le Niger. Dès le départ, on a expliqué que ce ne serait pas des Jeux « confortables », qu’il y aurait sans doute des problèmes organisationnels, mais ce n’est pas le Paris-Dakar ! Des traces resteront, des infrastructures, mais aussi des formations en amont. En organisant des Jeux sous le signe du sport et de la culture, la Francophonie marque son désir de diversité culturelle.  »

Graines d’aventure

C’est sans doute la première surprise que de trouver à Niamey une troupe de danse macédonienne ou des lutteurs bulgares en piste, aux côtés de l’africanité francophone et des inévitables  » titulaires  » suisses, canadiens, français et belges. Sans les Français et les Canadiens – qui ont investi 4 des 11 millions d’euros du budget -, il est probable que l’événement rassemblant 63 pays ou gouvernements et 3 000 participants n’aurait pas pu se monter. Pour sa part, la Communauté française de Belgique a contribué à hauteur de 150 000 euros environ, en envoyant une petite cinquantaine de jeunes, culturels et sportifs.  » On fait tout cela dans un esprit de développement durable : je trouve que le Blanc ne doit jamais rester en Afrique, il faut que l’Africain apprenne à gérer, il faut que l’autonomie se développe. Le Blanc doit apprendre à se rendre inutile  » : Jacques Deck, 63 ans, porte l’Afrique en lui. Non seulement parce que sa collection de chemises affolerait le marché entier de Niamey, mais aussi parce que ce Bruxello-Liégeois, baroudeur du théâtre de l’Etuve et du Botanique (dont il fut épisodiquement le directeur en 1988), a travaillé onze années à l’Agence de la francophonie. A ce titre, il a contribué à développer la culture sur le continent africain, notamment lors des trois éditions en Côte d’Ivoire du Masa (Marché des arts du spectacle africain, dont la prochaine édition aura lieu en mars 2006) :  » L’intérêt des Jeux, c’est qu’ils créent des espaces de liberté, qu’ils nourrissent et renouvellent les échanges. C’est un cadeau. Plus un pays a des contacts avec l’étranger, plus il développe la démocratie.  » Sur le terrain, on est vite touché par la gentillesse des Nigériens, il est vrai peu habitués aux arrivées massives d’étrangers, et par leur enthousiasme à la culture des autres. Il fallait les voir applaudir Miss Blanchoud ( lire page ci-contre) ou la conteuse bruxelloise Nathalie de Pierpont, accompagnée du musicien Stéphane Groyne, dans un splendide petit amphithéâtre calé sous les étoiles, le duo décrochant une  » médaille de bronze  » dans sa catégorie. Au-delà du côté un peu puéril d’accorder des récompenses (symboliques), ces Jeux pour les moins de 35 ans permettent, par exemple, aux basketteuses belges de se frotter aux géantes sénégalaises ou à l’écrivain Nicolas Ancion de lire en public son étrange nouvelle de cravate tachée aux conséquences dantesques. Autrement dit, de vivre et de planter des graines d’aventure.

Philippe Cornet

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